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dimanche 16 décembre 2012

"INROCKUPTIBLES" – N°9 – Décembre 1987 / Janvier 1988

Coupure de Presse : "INROCKUPTIBLES" – N°9 – Décembre 1987 / Janvier 1988.

NOIR DESIR"Où veux-tu qu' je r'garde"
(45t, Barclay)
 
On n'a peut-être pas assez insisté lors de la sortie du mini-Lp dont est extrait ce single que, s'il y a un nouveau groupe français à élire en 87, c'est Noir Désir. Seul groupe à avoir évacué les tentations de faire du rock-variet’ ou du punko-franchouillard, seul groupe à avoir réussi le mariage de la langue française avec les sonorités d'un rock mature aux prétentions internationales. On ajoutera que la voix haut perchée de Bertrand Cantat a une réelle personnalité et que la production est signée Théo-la-vérité-est-toujours-révolutionnaire-Hakola.
N. Bates

« Le monde de la musique » - n°98 – Mars 1987

Coupure de Presse : « Le monde de la musique » - n°98 – Mars 1987
NOIR DÉSIR
Où veux-tu que’je r’garde.

Au début, rien. Le diamant frotte le vinyle, et rien. Ou si: la batterie sur le sentier de la guerre, la basse qui épaule, la guitare qui met en joue et deux ou trois accords de piano qui font les sommations, discrètement. On songe aux couleurs souterraines du dernier Died Pretty ou encore - et surtout - à Gun Club. Pas si mal pour un groupe français, mais bon... Puis la voix entre dans le jeu, agréable, un peu geignarde quand même, sentant sa jeunesse, Paul Personne sans les cailloux dans la gorge. Et la voix chante: « J’ai tremblé c'est un signe / Je ne resterai pas digne / Les cas extrêmes sont toujours les mêmes. » Surprise. Rockers Intelligents, sensibles au texte. Curieuse aussi cette rencontre, présagée improbable, de Gun Club et du français ; cette sensation que, dans la langue, quelque chose a été forcé. Comme chez Gainsbourg, mais autrement. Comme chez Bashung, mais autrement.
On continue. Après un constat clinique (« J’ai la nausée quand je reste assis ») et une affirmation prémonitoire désolée (« Oh je n'ai jamais pu l’oublier / L’odeur des endroits où j’irai / C'est une question de moeurs »), on croise subitement l'ombre pendue de Nerval au beau milieu d'une satire circulaire des snobs: « Ah! pouvoir partir et mourir avec El Desdichado et oublier les salons gris où la classe supérieure danse encore du bout des... » Nouvel étonnement.
Alors on se renseigne. Noir Désir est un groupe de Bordeaux, berceau de La Boétie, Montaigne et Montesquieu. Voilà qui expliquerait peut-être la littérature. Et la musique ? Sollers, autre écrivain du cru (mais plus jobard), dit quelque part que « Bordeaux est un signe de ralliement sudiste. » Théorie audible dans le disque à travers l'harmonica south-western qui chuinte en suspens et cette fièvre jaune, bourbeuse, fièvre des marigots qu'inoculent les sept titres (en effet, il ne s'agit pas d'un 33-T, mais d'un simple mini-LP. Comme au poker, sept titres pour voir, sept petits titres et puis s'en vont, ou encore : « Tourne ta langue sept titres dans ta bouche avant d'enregistre r»).
A ce point, je devrais avoir le courage d'être critique, de chipoter un peu: sur la voix (déjà dit), mais aussi sur le manque de concision des compositions, malgré la production tout en angles de Théo Hakola (Passion Fodder). C'est vrai, ce disque est imparfait. Cette vertu-là, la perfection, attendra encore un peu. Mais de deux choses l'une. Primo, ce mini-LP est symbolique d'un renouveau du rock français. Comme en 77/78 sous l'impulsion de Téléphone, les major compagnies ont l'air de croire à nouveau aux groupes, aux guitares, au rock
( ainsi Barclay a aussi signé Gamine, un autre groupe de Bordeaux dont on attend le
45-T), Secundo, ce disque n'est pas un disque.
C'est une préface, un préambule, une déclaration d'intentions, l'annonce d'un trajet, une levée d'ancre. Non pas le plaisir brut mais sa seule amorce, non pas l'extase mais son vestibule où l'on goûte l'émotion de l'attente avant l'émotion de l'extase elle-même. C'est donc ce qui suivra ce mini-LP qui nous intéressera tout particulièrement.
Arnaud Viviant.
Barclay



"ROCK HARDI" - n°13/14, 1987

Coupure de Presse : "ROCK HARDI" - n°13/14, 1987

NOIR DÉSIR : "Ou veux-tu qu'je r'garde" mini LP (Barclay)
Révélation des Transmusicales 86, produit par Théo Hakola (Passion Fodder), ce mini LP de Noir Désir s'intitule "Où veux-tu qu'je r'garde": telle est la question ! Guitares ciselées et volages sont au rendez-vous, ainsi qu'une voix qui ne peut être que le témoignage d'un anglomane convaincu, élevé avec Jeffrey Lee PIERCE. Une voix servie par des textes ésotériques et une musique forte. Bref, nous succombons à une véritable émotion, celle des grands jours, Sombre (s), Écorché (s), Sensible (s), fragile(s).
Noir Désir, sublime forcément sublime.

 

TELERAMA n°1937, le 25/11/1987

Coupure de Presse : TELERAMA n°1937, le 25/11/1987
NOIR DÉSIR
OU VEUX-TU-QU'JE R'GARDE'
Mini LP Barclay 831484-1.
- ff -
La pochette est un vrai plaisir à l'oeil. Ça compte. Bien sûr, les maisons de disques soignent le graphisme de nos jours, mais souvent le contenu ne mériterait qu'un sac à papier... Ce n'est pas le cas ici. Du nom du groupe aux titres des morceaux, le mystère embellit. Et à l'écoute, achève de séduire.
Le chant ténu fait d'abord craindre un énième avatar de rock lycéen, mais Noir Désir ne joue pas de ce poum-tchac-là. Sobre, le parc instrumental, sobres les arrangements, insidieux le climat, frémissant, fascinant, alliant des plongées baudelairiennes ou rimbaldiennes (n'hésitons pas), à la fragile et sûre séduction d'un langage elliptique. « Toucher du bout des doigts les rythmes sensuels assagis », « Je me sens si bien hier matin que je voudrais être à demain » : notations furtives, touches cruelles et précises, lumières noires.
Comme le désir. Captivant, ce jeune groupe dont je ne sais rien, sinon qu'il est produit par Théo Akola, l'ex-chanteur d'Orchestre Rouge, autre personnage insolite.



INROCKUPTIBLES - N°5, Mars - Avril 1987

Coupure de presse : INROCKUPTIBLES - N°5, Mars - Avril 1987

NOIR DESIR
LE DÉSIR EST TOUJOURS PERVERS, PARAIT-IL.
COMME LEUR MUSIQUE, BELLE ET MALADIVE, DÉNICHÉE A BORDEAUX PAR THÉ0 HAKOLA. UNE MERVEILLE DE PREMIER ALBUM, UN DISQUE AUX SENTIMENTS EXACERBÉS, DÉLICAT ET ÉCORCHÉ.

Si chacun d'entre nous n'avait à retenir qu'un morceau?... "All along the watchtower" par Hendrix, "The end" des Doors, "Texas serenade" du Gun Club et "Won't get fooled again" des Who...
Le style musical du groupe a-t-il beaucoup évolué depuis vos débuts?
Si le groupe a sept ans d'existence, la formule actuelle date d'il-y a deux ans seulement, là "couleur" du groupe aujourd'hui est donc récente. Nous sommes passés par des choses moins affirmées, c'est venu petit à petit.
Si vous aviez à situer l'originalité du groupe, quelle part attribueriez-vous à l'interprétation?
La plus grande, sans hésitation, c'est l'interprétation qui prime. C'est ce qui nous séduit dans des groupes comme le Gun Club : tout en venant de racines très classiques, c'est un truc totalement à part, complètement revisité. C'est une interprétation magistrale de ces racines, tout comme les Violent Femmes l'ont fait. Mais pour en revenir à Noir Désir, de par les influences hétéroclytes des membres du groupe et la façon que l'on a de construire les morceaux, à savoir tous ensemble et en laissant les choses venir, il y a une certaine originalité qui se dégage d'elle-même au niveau de l'écriture des morceaux. On aime beaucoup casser la structure d'un morceau, varier les ambiances au sein même d'une chanson en s'attachant à exploiter chaque aspect, chaque atmosphère jusqu'au bout. On laisse énormément de place à l'improvisation au sein des morceaux, c'est dans leur nature même. Sur scène, on ne sait jamais trop ce qui va se passer, c'est totalement imprévisible. Il y a une structure générale, pas de construction stricte.
Comment s'est passé l'enregistrement de votre premier mini-album?
Théo Hakola, qui a produit le disque, a su faire sortir, pendant l'enregistrement, des choses qui étaient latentes. Des choses que l'on avait au bout des doigts et qu'il a aidé à réveiller. Nous sommes satisfaits car l'album possède une unité, ce n'est pas un assemblage hétéroclite d'enregistrements dénués de continuité. Théo nous a aussi beaucoup apporté en nous aidant à poser notre jeu. A tel point que ça diffère de ce qu'on fait sur scène où les morceaux sont beaucoup plus rapide.
Votre musique évoque un certain malaise…
Et les nouvelles compositions sont encore pires (rires)... Disons que tous nos morceaux sont des facettes différentes d'un même sentiment, d'un même... trouble. On se sent assez proche d'écrivains comme Faulkner, Selby ou Tenessee Williams. Dans leurs livres, dans nos morceaux aussi, les gens sont damnés dès l'origine. Tous ces écrivains mais aussi un photographe comme Wilkins nous nourrissent musicalement. On se sent de toute façon assez éloignés du plan rock classique "sex & drugs & rock'n'roll". On suffisamment donné (rires)... II nous tarde vraiment de voyager, d'être confrontés à d'autres cultures, même si ça paraît pompeux à dire.
Qu'est-ce que représente le fait d'écrire pour toi?
(Bertrand, chant) Pour moi, c'est un processus lent et extrêmement douloureux. Je ne connais rien de plus difficile que d'écrire une chanson, bien plus que d'écrire de la poésie ou quoi que ce soit d'autre.
Vous avez signé avec une grande maison de disques...
Plutôt que de faire le tour des maisons de disques avec notre petite maquette (rire) … on a décidé d'envoyer cette cassette aux gens qui comptaient pour nous, de façon à ce qu'ils nous disent ce qu'ils en pensaient.
C'est ainsi qu'on l'a envoyée à Théo Hakola, mais aussi à Bashung, Ray Manzarek et Jeffrey Lee Pierce (rires)... entre autres. A partir de là, Théo nous a mis en contact avec sa maison de disques et tout est allé très vite.
Comment vous situez-vous par rapport aux ancêtres de la scène bordelaise, comme Strychnine?
Strychnine a eu son importance pour nous dans le sens où on a fait leur première partie à une époque. Mais tout ce petit mythe autour des groupes bordelais de cette période contribue plus aujourd'hui nous enfermer, à nous cataloguer dans un registre qui ne nous convient absolument pas. Mais ceci dit, quand on a l'occasion de prendre le train on ne crache pas sur ceux qui ont posé les railsb(rires)... Maintenant, Kick est le plus proche de notre sensibilité. C'est un compositeur hors-classe.
Sur scène, vous reprenez « Helter skelter » des Beatles…
C'est un morceau qui ne va nulle part mais qui est d'une violence incroyable. Ça sort quelques chose d'on ne sait où, c'est d'ailleurs ce qui est dangereux avec un tel morceau.
Bruno XXXX



Eric MULET
 
DISCOGRAPHIE
"Où veux-tu qu'je r'garde" (mini-album), Barclay


Telerama n°1985 - 27 janvier 1987

Coupure de presse : Telerama n°1985 - 27 janvier 1987

FRANCE ROCK

C'est quoi, un festival rock? En général, un pâturage bourbeux parfumé décibels-frites, où paissent d'héroïques amateurs munis de patience et d'un bon duvet. Rock en fronce n'est donc pas un festival, puisqu’il se déroule au sec, au chaud et en plusieurs mouvements: plutôt une série de concerts itinérants, avec une vingtaine de groupes défilant à la queue leu leu dans six villes de France.
Au générique, du rock d’ici, d'ailleurs et de demain, avec les gribouilleurs sixties de Dennis Twist, les candides Innocents, Anne Pigalle by night, Noir Désir et clairs desseins, Cyclope à six yeux, les Satellites sur or-beat et des keupons fripons comme Parabellum, La Souris Déglinguée ou les Porte Mentaux. Ajoutez au lot quelques gloires du Top 50, les Avions et Raft, un couple de belges swingants, Jo Lemaire et Gangsters d'Amour et d intrépides anglo saxons, Screaming Blue Messiah et Gaye Bikers on Acid.
Jusqu'au 5 février à Paris, Lille, Le Mans, Toulouse, Montpellier, Marseille et Clermont-Ferrand.

Renseignements: (16-1) 43-66-33-47, Minitel: 36-15 et TVR.


"GUITARE & CLAVIERS" N°73, Avril 1987

"GUITARE & CLAVIERS" N°73, Avril 1987

II n'aura guère fallu plus de deux mois â l'année 1987 pour nous offrir un premier album réellement crucial. Dithyrambe et nationalisme fayot, argueront hâtivement les grincheux. Pourtant les Bordelais de Noir Désir viennent de réussir, grâce â un creuset d'influences aussi variées qu'antinomiques, le plus beau manifeste d'écorchés depuis, disons... le dernier Gun Club. C'est d'ailleurs au phrasé calaminé de Jeffrey Lee Pierce que font, en premier lieu, penser les harangues concernées de Bertrand Cantat. Un musicien d'envergure celui-là, capable d'écrire avec un souci littéraire certain et de retranscrire ses mots sans emphase, juste en leur donnant du souffle, de l'ampleur. L'apanage des très grands. Alors est-ce un hasard s'il manie l'harmonica comme Stan Ridgway sur Toujours être ailleurs et si sa ligne vocale sur les couplets de La Rage rappelle un brin celle du Final Fog de Marquis de Sade ? Bref, les références se succèdent mais rien au bout du compte ne permet d'accrocher Noir Désir dans une mouvance précise. A se demander si nous ne serions pas en présence de l'ultime cocktail rock des eighties finissantes.
Osé ! Mais rarement les clins d'œil obligés du Velvet Underground n'auront été aussi aisément générateurs de sang neuf. L'équilibre entre le Noir et le Désir est parfait. Nappes de guitares claires et rythmique faussement sage, naviguent au jugé entre la caresse et la morsure.
Entre l'instinct et le talent aussi. La production limpide de Théo Hakola (également leader de Passion Fodder) rend radicalement hommage au groupe en balayant toute surcharge, en jouant avec les tensions et les silences, pour ne garder que l'essentiel. La moelle. Un grand espoir est né... ici.
J.-L. M.


Noir Désir
Où veux-tu qu'je r'garde
Barclay 831 484