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samedi 22 décembre 2012
Nous n'avons fait que fuir - Jacques Séréna
Vu le 31 décembre 2005 sur remue.net : Nous n'avons fait que fuir - Jacques Séréna
Jacques Séréna / Ce n'était pas de lui, ce n'était pas d'elle
à propos de "nous n'avons fait que fuir", de Bertrand Cantat (éditions Verticales)
à propos de "nous n'avons fait que fuir", de Bertrand Cantat (éditions Verticales)
C'est que le monde passe vite, deux trois dimanches en pleine lumière et des enfants qui courent
Les vieux claquent leurs dents sur des vitraux sans dieux
L'apéritif n'en finit pas de raconter sa vie
Et la vie est passée
Et la vie est derrière
La vie était partout et la vie n'est nulle part .
Il y a que tout ou presque se passe au bord de l'ombre, à demi-mots perdus, au carrefour des mystères, confluent souterrain.
Nous n'avons fait que fuir
Nous cogner dans les angles!
Les vieux claquent leurs dents sur des vitraux sans dieux
L'apéritif n'en finit pas de raconter sa vie
Et la vie est passée
Et la vie est derrière
La vie était partout et la vie n'est nulle part .
Il y a que tout ou presque se passe au bord de l'ombre, à demi-mots perdus, au carrefour des mystères, confluent souterrain.
Nous n'avons fait que fuir
Nous cogner dans les angles!
Bertrand Cantat - Nous n'avons fait que fuir - Verticales, mai 2004
Un long texte fragile, avec des accents que nous n'avions pas vécus depuis le meilleur Léo Ferré. Une heure compacte d'improvisation où le rock sombre de Noir Désir cherche à investir, hors de la chanson, la relation du langage à la musique. A ce titre, comme parallèlement le beau texte Contre, de Lydie Salvayre, avec aussi le guitariste Serge Teyssot-Gay, qui inaugurait la collection Minimales des éditions Verticales, un dialogue contemporain renoué entre musique et littérature qui nous importe au premier chef. Je remercie Thierry Guichard et Jacques Séréna de nous autoriser à reprendre, à l'occasion de cette publication, la chronique que Jacques Séréna avait publiée en octobre dans sa page du Matricule des Anges. D'autre part, nous reprenons le texte par lequel Bernard Comment, directeur de la fiction à France Culture (et qui va prochainement reprendre à Denis Roche les rênes de la collection Fictions du Seuil) présente le disque et le texte publiés par Verticales. FB.
En juillet 2002, dans le cadre du festival de Montpellier - Radio France, le groupe Noir Désir répondait à une invitation de France Culture pour un concert qu'on peut à bon droit qualifier d'exceptionnel.
Ce fut en fin de compte un long poème de Bertrand Cantat, au titre surprenant, voire énigmatique, Nous n'avons fait que fuir. Bilan? Regret? Appel au réveil? Ce texte est tout cela à la fois, comme un cri de rage pour dire une période qui nous trouve souvent démunis ou impuissants face à la farce du monde. "Tu as perdu ta langue?", ce leitmotiv, comme une fausse question, nous incite à reprendre une parole débarassée des lieux communs et des réflexes de soumission pour trouver la force de dire non, et d'aspirer à autre chose qu'un monde de la pure apparence et du conformisme.
Par fragments successifs, on entre dans un monde visionnaire, avec ses nostalgies, mais aussi ses cauchemars, ses sarcasmes, son ironie taraudante, selon l'errance d'une longue route faite aussi bien de lucidité que de rêves malgré tout, où "les chiens resplendissants deviennent nos alliés".
La planète va mal? En voici la confirmation, poétique et implacable comme un cri chanté, ou un chant crié et murmuré. L'énergie de la révolte est dans ces lignes, contre les multiples tentatives d'étouffmeent qui sont notre quotidien.
Il en résulte un magnifique et long morceau de près d'une heure, psalmodié, caressé, hurlé, brandi, chuchoté, borrygmé, dont on trouvera la version jouée un soir d'été par le groupe Noir Désir, moment en bonne part improvisé, et déjà inoubliable.
Le tragique est survenu entre-temps, avec sa part d'irrémédiable. D'aucuns voudraient tout effacer. Je crois au contraire que le propre de l'homme, ce qui le fait grand, est la mémoire, où l'on regarde le pire et le meilleur. Il le rend plus problématique. A chacun, désormais, de faire son usage de la mémoire.
Bernard Comment
Ce n'était pas de lui, ce n'était pas d'elle
© Jacques Serena - Matricule des Anges
© Jacques Serena - Matricule des Anges
Nous tombe soudain dessus l’annonce d’un événement et nous voilà sans mots. Parce qu’on y sent quelque chose d’innommable. Comment dire ce mystère, tenant à la fois de l’effroyable et du miraculeux. Qui nous trouble d’une façon qu’on ne peut s’expliquer. Un événement dont on sent qu’il ouvre dans notre monde une faille. Mais quand on a dit la faille, nous voilà bien avancé. On a beau tenter de rendre compte de ce qu’on sent, on entend bien qu’on est loin du compte. Et, durant les jours qui suivent, une ambiance étrange, pudique, quasi-silencieuse, se met à flotter autour de nous et de ceux qui, comme nous, ont senti de quelle étrange sorte d’événement il s’agissait. Et cela peut durer, cette ambiance. Longue période durant quoi on veut se parler l’un à l’autre de ce qu’il vient d’arriver sans rien trop parvenir à s’en dire. Disséminations de mots qui semblent aussitôt plats, sur fond de longs silences ambigus, dont on ressent l’étrangeté. On dit par exemple : non mais franchement ce n’était pas de lui, ce n’était pas d’elle, et qu’est-ce qu’ils étaient allés se perdre là-bas, et vu les circonstances. Vu les circonstances, lui totalement coupé des siens, et elle au contraire, comment n’ont-ils pas senti venir. Sur quoi on se raconte, l’un à l’autre, et l’autre à l’un, les soirs où, pour nous, en circonstances similaires, ça a été moins cinq. On voudrait voir le lieu, vérifier, parce qu’on a quand même appris, à force, la puissance des lieux. Dans telle sorte de lieu tel éventail d’événements peut avoir lieu. Des jours durant où on ne pense qu’à cela, veut s’en parler et n’arrive à s’en dire pratiquement rien. Le plus difficile étant d’inexorablement retomber sur les tournures des médias, officielles, fatiguées, usuelles, la bonne vieille sagesse rodée. Le terme de ‘dramatique’ par exemple, ce mot qu’ils emploient tous les jours à toutes les sauces, il y a cette vulgarisation implacable des médias, s’obstinant à démolir le peu de mystère qui pourrait encore subsister dans nos existences. Quant aux avocats et la police, c’est encore pire, sans parler des parents, bien sûr, les parents mieux vaut n’en pas parler. Parents, police et avocats y comprennent encore moins que tout le monde. Sauf que, même eux, en tout cas on l’espère, eux-mêmes ont bien dû sentir, à leur façon, à un moment, le malaise. Sentir que leurs soudaines logorrhées, de même que nos quasi-mutismes, avaient à voir avec le fond des choses. Une profondeur qu’on a entrevue, qui nous échappe et qui crée ce malaise. Une fêlure insoupçonnée. La proximité d’une donnée oubliée, ou presque. Qu’on ne sait plus, en tout cas, dire. Depuis trop longtemps à laisser les médias vulgariser tout. Ce qu’on sent sous cet événement ne peut pas se dire avec les formules des médias, la preuve est faite. C’est d’un autre ordre. Plus miraculeux et plus effroyable. Qui arrive encore au monde de temps en temps, mais dont on ne sait plus, à force, quoi faire. On répète que ça n’est pas de lui, ni d’elle, et qu’est-ce qu’ils étaient allés foutre là-bas, et vu le contexte. On se redit le contexte, ce qui rode assez fatalement autour de qui s’est totalement coupé de tous les siens et de qui au contraire ne parvient pas à s’en dépêtrer. On répète que quiconque a un tant soit peu vécu sait bien ce qui certaines nuits peut planer. On tente d’ignorer le battage pour les derniers livres, derniers films, dernières photos, on tente de s’accrocher au silence. On s’en veut d’attendre quand même l’enquête, alors qu’on sait bien que médias, films et livres ont déjà fait leur œuvre, que tout est fini, reconnu avant d’avoir été connu. L’affaire est entendue, l’était sans doute dès le départ, dès même avant, l’a toujours été, c’est ça aussi.
Et nous, ce qu’on voudrait pouvoir faire entendre. Au risque de faire encore hurler. Avouer que ce drame nous en rappelle étrangement un autre arrivé à une cousine quand on avait dix ans. Ajouter que ce qu’on sent sous ce genre d’événements est peut-être ce qu’on entrevoyait au fin fond des crises, de ces longues crises qui nous faisaient de temps en temps rendre un peu l’âme. Renchérir que l’on sentait bien, alors, que cela restait toujours tapi sous la surface de tout, que c’était, avait été, et serait toujours sous tout. Et que quand les médias en chœur radotaient sur la mort de cela, cela suivait son propre enterrement en dansant.
Aux vieux temps des croyances aveugles, avec leurs cortèges d’anges à trompettes, de démons à fourches, et d’illuminés, et de possédés, cela pouvait se dire, aveuglément, certes, mais on se comprenait. Nos temps médiatisés, mondialisés, aux versions préemballées, officielles et sans alternative, ces temps ont jeté, comme on dit, le bébé avec l’eau du bain, ou l’eau du bain avec le bébé, peu importe, ont tout jeté. Et donc nous incombe, à nous, qui sentons cela, la tâche urgente de réinventer un vocabulaire d’aujourd’hui, sans fourches ni trompettes, pour pouvoir redire cela, se le refaire comprendre.
adecouvrirabsolument.com / " nous n'avons fait que fuir "
Vu le 30 décembre 2005 sur adecouvrirabsolument.com : Critique " nous n'avons fait que fuir "
Vous allez me dire il y a plus simple à chroniquer qu'un long morceau de 45 minutes, surtout après Vilnius. Comment ne pas voir en chaque phrase, chaque mot une allusion, rendant quasi-absurde la moindre interpretation. Long poême, longue fresque shamanique, ce " nous n'avons fait que fuir " n'est rien d'autre que le prolongement des fins de concerts épileptiques et destructrices de Noir Désir, ici allégées par l'absence de contrainte, par l'absence de régle conssumériste, ici Cantat et Noir Désir peuvent aller aussi loin qu'ils veulent sans passer par l'opportunuité de tout gagner. On pourra longtemps s'interroger sur le sens à prendre pour ne pas faire une sortie de route, on pourra s'interroger sur ceci, sur cela, mais ce disque n'est-il pas justement l'absence d'interrogation comme bras armé. Comédie surjouée, férré dans la fumée scénique, " nous n'avons fait que fuir " parle de direction à prendre ou non, de la direction que nous sommes tous à chercher . Nous n'avons fait que fuir à cogner dans les angles, nous n'avons que fuir devant la tache de parler de ce disque. Alors écouter le livre, lisez le disque, ou ne faites que fuir, baignez vous dans des baignoires d'or ou aimez à plus ne savoir qu'elle direction est à prendre pour fuir. Ne perdez rien ne fuyez pas, enfin pas encore, gardez bien en vue l'horizon fuyant, à force vous le rattraperez, pas comme l'histoire.
Gerald de oliveira
musique-chroniques.ch / Critique " nous n'avons fait que fuir "
Vu le 30 décembre 2005 sur http://www.musique-chroniques.ch/ : Critique " nous n'avons fait que fuir "
Dans le cadre d'une soirée carte blanche à Noir Désir proposée par France Culture, le groupe se retrouve durant sa tournée des Visages des Figures en 2002 et enregistre, en une prise et en public, un long morceaux de 55 minutes sur les textes de Cantat. "Tout a été jeté, craché et le résultat est là" écrit Bertrand dans une postface pré-Vilnusienne, et c'est bien le sentiment qui ressort à l'écoute de ce livre-cd. Noir Dés' prolonge l'expérience de "L'Europe" que l'on trouve sur le précédent album en laissant la mère Fontaine à ses délires dans son Kékéland. Les textes sont moyennement compréhensibles, il y a des éclairs de génie bien sûr, mais il y a surtout beaucoup de longueurs, et si l'on arrive pas d'une manière ou d'une autre à "s'ouvrir les portes de la perception", ces 55 minutes risque d'ennuyer quelque peu. For fans only…
le sto
10 08 2004
10 08 2004
Nous n'avons fait que fuir / Soyons.désinvoltes. par Moland Fengkov
Vu le 30 décembre 2005 sur http://moland.kaywa.com : Soyons.désinvoltes. par Moland Fengkov
"Le tragique est survenu entre-temps, avec sa part d’irrémédiable. D’aucuns voudraient tout effacer. Je crois au contraire que le propre de l’homme, ce qui le fait grand, est la mémoire, où l’on regarde le pire et le meilleur. Il le rend plus problématique. A chacun, désormais, de faire son usage de la mémoire". (Bernard Comment)
Il nous reste des traces. Tombé par hasard, en musardant dans les rayons d’un grand magasin, sur un petit livret au titre énigmatique et au nom plus qu’évocateur. Rapide coup d’œil sur la quatrième de couverture, pour apprendre qu’en juillet 2002, «lors du festival de Montpellier Radio-France, Noir Désir répondait à une invitation de France Culture pour un concert unique.» Dans un cadre exceptionnel, le cloître du couvent des Ursulines, le plus grand groupe de rock français de tous les temps ne s’est pas contenté de répondre à l’invitation, mais s’est livré à une véritable performance, avec tout ce que cet exercice implique d’improvisation, d’aléatoire, de magique et d’exceptionnel. Les éditions Verticales restituent dans ce petit livre, accompagné d’un CD, le texte de ce long morceau de 55 minutes, titré Nous n'avons fait que fuir, tendu comme un titre des Doors, violent comme une colère sourde, poétique comme l’œuvre d’un Rimbaud ou d’un Lautréamont, frénétique comme le chant d’un Brel.
Impossible de dissocier l’œuvre de Noir Déz du drame au cœur duquel se place son leader charismatique, Bertrand Cantat. Est-ce la fin du groupe pour autant ? Trop d’encre a coulé à ce sujet, alors pourquoi y revenir, à l’occasion de cet achat ? Simplement parce qu’il y a peu, je suis tombé sur un clip du groupe interprétant en duo avec Bashung une chanson, «volontaires», juste le temps de nous rappeler que les petits nouveaux, Luke, Saez, et consort, auront beau se racler la gorge, la laisser dérailler au bout de certaines phrases, ou encore rouler les r, personne ne remplacera ni n’égalera la force poétique des textes de Cantat, dits, susurrés, hurlés, déclamés comme dans cette longue incantation, avec autant de maîtrise et de cœur. Ce soir Bertrand ne dérange que les démons et les anges, mais son ombre continue de traîner sur les platines, dans les esprits des amoureux du rock à texte. Au patrimoine. Et on continuera à se méfier des contrefaçons. Il n’est pas encore venu, le temps où l’œuvre de ce groupe mythique et unique, loin d’être enterré, aura entraîné le public dans la lassitude. Lost, peut-être, mais not stranded yet.
.Nous.n'avons.fait.que.fuir.[Bertrand.Cantat].
.Editions.Verticales.
.Editions.Verticales.
dimanche 16 décembre 2012
Partitions (Tab / Scores) de l'album "Des visages des figures"
En décembre 2005, j'apprends la parution des partitions de l'album "Des visages des figures" sur fnac.com : Des visages des figures - partition (broché)
Noir Désir -Des visages des figures - partition (broché)
Nouveauté à paraître, indisponible à ce jour.
Date de sortie : décembre 2005
Prix indicatif prévu : 28 €
Nouveauté à paraître, indisponible à ce jour.
Date de sortie : décembre 2005
Prix indicatif prévu : 28 €
En résumé (Mot de l'éditeur) :
Le Songbook de l'album "Des Visages Des Figures" de Noir Désir ! Toutes les partitions des instruments intervenant dans cet album (scores).
L'Enfant Roi; Le Grand Incendie; Le Vent Nous Portera; Des Armes; L'Appartement; Des Visages Des Figures; Son Style 1; Son Style 2; A L'Envers à L'Endroit; Lost; Bouquet De Nerfs
Fiche détaillée :
Auteur : Noir Désir
Editeur : Id Music
Collection Partition
ISBN F014896710
Noir Désir a-t-il un avenir? - cyberpresse.ca
Vu sur http://www.cyberpresse.ca/, le dimanche 04 décembre 2005
Photo fournie par Umusic
Noir Désir a-t-il un avenir?
Philippe Renaud- La Presse -Collaboration spéciale
Le 27 juillet 2003 restera à jamais gravé dans la tête de Denis Barthe. Ce soir-là, son ami, son collègue de travail depuis près de 25 ans, Bertrand Cantat, a tué Marie Trintignant dans des circonstances que s'est efforcée de clarifier la justice lituanienne. Au printemps 2004, le tribunal de Vilnius- où se sont produits les tragiques événements- a condamné le chanteur de Noir Désir, héraut du rock alternatif français, à huit ans de prison. Les fans sont consternés, la presse française médiatise la tragédie «à outrance».
Les membres de Noir Désir- le guitariste Serge Teyssot-Gay, le bassiste Jean-Paul Roy et Barthe le batteur- sont devenus des «victimes collatérales» des gestes du leader de leur formation. Aux yeux de nombre d'observateurs français, la tragédie sonnait le glas de «Noir Dez». Mais deux ans plus tard, la poussière enfin retombée, le groupe lance Noir Désir en public, l'album qui pourrait bien être leur chant du cygne. Le batteur Denis Barthe affronte à nouveau la presse pour défendre cet enregistrement de la tournée Des Visages, des figures.
Barthe et ses collègues ont déjà dû subir les inquisitions de la presse généraliste française en marge de la couverture du procès de Cantat. Le musicien savait bien, en acceptant d'accorder à nouveau des entrevues, que les journalistes seraient plus intéressés par la tragédie que par la musique. Soyons clairs: ça prend des couilles pour se lancer dans une telle campagne de promotion.
Au bout du fil, la voix de Barthe est ferme, somme toute assez enjouée. La sortie de Noir Désir en public, explique-t-il, lui permet «d'entrevoir ne serait-ce qu'un petit rayon de lumière» qui lui fait dire: «Vous voulez voir ce qu'était, ce qu'est et ce que sera peut-être encore Noir Dez? Alors, on va vous montrer Noir Dez sur scène. On ne va rien cacher, rien occulter. On ne coupera pas les scènes de violence, les scènes de chamanisme, on coupera pas non plus les erreurs. On se montre tel qu'on est, à poil.»
L'album était déjà en chantier lorsque les tristes événements sont survenus. Les membres l'ont mis sur la glace, en espérant pouvoir y revenir. «De notre histoire, ç'aurait été la première chose qu'on n'aurait pas fini. Après tout ce qu'on a vécu d'horrible au cours des deux dernières années, il nous fallait trouver quelque chose de positif, et revenir à notre propos premier, la musique.»
«On en avait assez de tout ce cirque qui a nourri des médias peu scrupuleux», poursuit Barthe. La presse people a laissé un goût amer dans la gorge du batteur, qui se noue lorsqu'il en parle. «L'histoire était horrible, mais très simple. Pas nécessaire d'en faire toute une affaire, voilà.» Une affaire qui, aux yeux des membres de Noir Dez, a pris l'allure d'une «charia» contre le groupe dans la presse française.
«Nous avions été clairs dès le départ, insiste Barthe. On n'a pas trouvé d'excuses à Bertrand. On n'a pas cherché à minimiser la portée de son geste. On a laissé les enquêtes policières se faire, on a laissé les journalistes poser leurs questions, parce qu'on savait très bien qu'on n'avait rien à cacher, ni à se reprocher.» Mais lorsqu'il ajoute que «nous sommes tous faillibles et mortels», on comprend, à travers les réclamations du musicien, qu'après le choc, ils se sont tous dit qu'eux-mêmes ne sont pas à l'abri d'un tel dérapage.
«Mais jamais nous n'aurions pensé que l'un d'entre nous puisse commettre un tel acte. On se connaît, on connaît Bertrand, et on sait très bien que ce n'est pas quelque chose qui est ancré profondément dans son caractère. On sait très bien que c'est une suite d'événements qui a mené à ça. Que la passion est destructrice, que la jalousie est très dure et qu'elles peuvent conduire à l'irréparable. Malheureusement, des histoires comme celle de Marie et Bertrand, y'en a tous les jours, bien qu'on n'en entende pas toujours parler. S'aimer à se détruire, c'est malheureusement quelque chose qui fait partie de la vie. Je suis d'accord avec toi, ça ne devrait pas arriver. Mais malheureusement, on loge à la même enseigne que tout le monde.»
Une sortie bienfaitrice
En voulez-vous à Cantat qui, par ces gestes, a entaché l'image du groupe, formation rock engagée, altermondialiste, près de ses fans? Croyez-vous que les dommages soient irréparables pour la légende Noir Désir? «Je n'en sais trop rien. Je peux seulement dire qu'on souffle un peu depuis la sortie du disque live.»
Les fans n'ont sûrement pas oublié, mais ils sont en mesure de faire la part des choses. Lors de la sortie de l'album, les médias ont couvert avec beaucoup de pudeur l'événement. Plus de deux mois après sa parution, plus de 200 000 exemplaires de l'album se sont vendus en France. Le site Web du groupe, qui avait été fermé depuis deux ans, a été rouvert, et les fans ont favorablement réagi à la sortie du disque.
«On a été surpris des ventes. Ça nous a rassurés. Ça faisait quand même deux ans que la presse était hostile envers nous. Plusieurs gens de notre entourage partageaient nos problèmes en nous disant que ce ne serait pas facile... Le fond de l'histoire n'est pas discutable, mais en même temps, plusieurs fans étaient rassurants, et pleins de compassion.»
La décision de lancer l'album s'est prise à quatre, une fois que Cantat a été renvoyé en France et que les membres ont pu le rencontrer en prison. «Tous les membres du groupe, on se relaie. On lui rend visite une fois par mois.» Denis Barthe admet cependant que l'avenir du groupe est difficile à entrevoir.
«Là, on est obligé d'attendre qu'il sorte de prison. On va se voir, on va discuter comment on peut entrevoir l'avenir. Mais c'est sûr que l'envie de faire quelque chose tous ensemble est encore là. Y'a pas un des membres du groupe qui n'ait pas envie de remonter sur scène et de refaire un album. Après ça, est-ce que ce sera possible? Ça, je n'ai pas la réponse.»
«Pour la première fois depuis la création de Noir Désir, je ressens un manque. Celui de jouer sur scène, de créer. Pendant un bon moment, je me suis questionné: est-ce que je continue ou j'arrête?» Denis Barthe a choisi de continuer, en solo. Il vient de terminer la réalisation du nouvel album des Têtes raides. Il travaille présentement aux maquettes de son premier album. «J'espère qu'il sera lancé à l'automne 2006», dit-il d'une voix encourageante.
En voulez-vous à Cantat qui, par ces gestes, a entaché l'image du groupe, formation rock engagée, altermondialiste, près de ses fans? Croyez-vous que les dommages soient irréparables pour la légende Noir Désir? «Je n'en sais trop rien. Je peux seulement dire qu'on souffle un peu depuis la sortie du disque live.»
Les fans n'ont sûrement pas oublié, mais ils sont en mesure de faire la part des choses. Lors de la sortie de l'album, les médias ont couvert avec beaucoup de pudeur l'événement. Plus de deux mois après sa parution, plus de 200 000 exemplaires de l'album se sont vendus en France. Le site Web du groupe, qui avait été fermé depuis deux ans, a été rouvert, et les fans ont favorablement réagi à la sortie du disque.
«On a été surpris des ventes. Ça nous a rassurés. Ça faisait quand même deux ans que la presse était hostile envers nous. Plusieurs gens de notre entourage partageaient nos problèmes en nous disant que ce ne serait pas facile... Le fond de l'histoire n'est pas discutable, mais en même temps, plusieurs fans étaient rassurants, et pleins de compassion.»
La décision de lancer l'album s'est prise à quatre, une fois que Cantat a été renvoyé en France et que les membres ont pu le rencontrer en prison. «Tous les membres du groupe, on se relaie. On lui rend visite une fois par mois.» Denis Barthe admet cependant que l'avenir du groupe est difficile à entrevoir.
«Là, on est obligé d'attendre qu'il sorte de prison. On va se voir, on va discuter comment on peut entrevoir l'avenir. Mais c'est sûr que l'envie de faire quelque chose tous ensemble est encore là. Y'a pas un des membres du groupe qui n'ait pas envie de remonter sur scène et de refaire un album. Après ça, est-ce que ce sera possible? Ça, je n'ai pas la réponse.»
«Pour la première fois depuis la création de Noir Désir, je ressens un manque. Celui de jouer sur scène, de créer. Pendant un bon moment, je me suis questionné: est-ce que je continue ou j'arrête?» Denis Barthe a choisi de continuer, en solo. Il vient de terminer la réalisation du nouvel album des Têtes raides. Il travaille présentement aux maquettes de son premier album. «J'espère qu'il sera lancé à l'automne 2006», dit-il d'une voix encourageante.
http://www.stopinfos.com/ - Noir Désir – En images
Vur sur http://www.stopinfos.com/ - Noir Désir – En images
Après l’excellent coffret double CD live, Noir Désir nous offre la même chose avec l’image en plus dans ce beau coffret double DVD, Noir Désir en images. Des heures de live, clips, coulisses et toutes sortes de bonus qui offrent une plongée au plus profond de l’univers du groupe Bordelais, des premières heures jusqu’à aujourd’hui.
Sur la première biscotte, que du live. L’intégralité du concert donné à Evry en 2002 dans le cadre de la tournée « Comme elle vient ». Dès les premiers instants, on oublie que c’est à travers sa télé que l’on voit le groupe et on se transporte dans la fosse. Les premières notes nous arrachent quelques frissons. Pour ceux qui on déjà vu Noir Dez en concert, voire qui étaient présents pour ce concert, c’est une foule de souvenirs qui remonte à la surface. Pour ceux qui n’ont pas eu cette chance, c’est l’occasion parfaite de s’initier aux prestations possédées du groupe emmené par un Bertrand Cantat déchaîné. En plus du concert d’Evry, ce premier disque contient des extraits d’autres concerts : les Eurockéennes 1997 et 2002, Buenos Aires en 1997 et Gisti en 2002. Un monument de moments puisés dans ce qui fait l'essence même du groupe : la scène.
Pour ceux qui ne seraient pas encore rassasiés, place au second CD. Tous les clips de Noir Dez, plus quelques bonus bien sentis. On prend un sacré plaisir à (re)voir ces clips travaillés et habiilement montés. Sur tous ses titres, le groupe s’est attaché à utiliser l’image comme un moyen de faire passer ses propos au même titre que la musique. Parmi les plus marquants, on retient « Un jour en France » dans le style dessin animé japonais, les passages en noir et blanc de « Un homme pressé », le rare duo avec Alain Bashung sur le titre « Volontaire » et plein d’autres encore. Et puis comme c’est bientôt Noël, on n’échappe pas aux divers bonus. Cela va d’un documentaire sur le groupe que l’on voit en balances et qu’on entend parler de sa démarche et de son étique, à des spots TV en passant par divers extraits live, ça faisait longtemps.
Rajouté au coffret audio, ces deux sorties rappellent ce qu’est vraiment Noir Désir et ce pourquoi il faudra s’en souvenir : le meilleur groupe de rock français. Ni plus ni moins.
Pour ceux qui ne seraient pas encore rassasiés, place au second CD. Tous les clips de Noir Dez, plus quelques bonus bien sentis. On prend un sacré plaisir à (re)voir ces clips travaillés et habiilement montés. Sur tous ses titres, le groupe s’est attaché à utiliser l’image comme un moyen de faire passer ses propos au même titre que la musique. Parmi les plus marquants, on retient « Un jour en France » dans le style dessin animé japonais, les passages en noir et blanc de « Un homme pressé », le rare duo avec Alain Bashung sur le titre « Volontaire » et plein d’autres encore. Et puis comme c’est bientôt Noël, on n’échappe pas aux divers bonus. Cela va d’un documentaire sur le groupe que l’on voit en balances et qu’on entend parler de sa démarche et de son étique, à des spots TV en passant par divers extraits live, ça faisait longtemps.
Rajouté au coffret audio, ces deux sorties rappellent ce qu’est vraiment Noir Désir et ce pourquoi il faudra s’en souvenir : le meilleur groupe de rock français. Ni plus ni moins.
Julien Jarsallé
Noir Désir - Le grand incendie - Francis Hébert - voir.ca
Vu sur http://www.voir.ca - 24 novembre 2005
Noir Désir - Le grand incendie - Francis Hébert
Noir Désir - Le grand incendie - Francis Hébert
Denis Barthe: "Il ne se passera rien sous le nom de Noir Désir sans Bertrand." Photo: Richard Dumas
Noir Désir sort un incendiaire double album enregistré en public, comme un dernier salut avant de partir. Son batteur Denis Barthe revient sur sa conception, sur l'ultime tournée avant le drame.
"Écoutez, je ne vais pas trop mal, on a une belle journée ensoleillée, alors on en profite..." Même les questions en apparence banales prennent une tournure dramatique. Cette faille dans la voix de Denis Barthe, au bout du fil, tout admirateur de Noir Désir pourrait la pressentir, la comprendre. L'heure est à la promo, mais aussi, forcément, au chagrin, puisque le spectre de Bertrand Cantat hante nos mémoires, se pointe dans les réponses malgré des questions volontairement imprécises, pudiques. De la tristesse dans l'air, dans la tonalité des voix. Des silences. On pense aux vies gâchées, aux déchirures, à la solitude, à la carrière foutue d'un des plus grands groupes de rock français.
Le mélomane voudrait bien parler du grand incendie allumé il y a 20 ans par Noir Désir, de la puissante décharge électrique qui secoue chacun de ses albums, de cette fièvre poétique et rock. Malheureusement, depuis les événements de Vilnius, Marie Trintignant est sous terre et Bertrand Cantat, derrière les barreaux. On perd en même temps une grande actrice et un chanteur de feu. Déchirures.
Trois ans après sa dernière tournée pour Des Visages, des Figures, Noir Désir se relève et sort enfin ce splendide double album en public: "En 2003, au moment de Vilnius, on était en train de travailler sur ce live, on avait avancé le mixage. Et puis voilà, il s'est passé ce qui s'est passé... On a tout mis dans nos cartons, on a oublié par force tout ce qui était musique pour se concentrer sur le
malheur qui était arrivé et comment on pouvait faire face à ce drame. Bertrand a été jugé, puis rapatrié en France. Et ce n'est qu'une fois qu'il a commencé à purger sa peine en France qu'on a recommencé à penser à ce disque live. On l'avait laissé en suspens, c'était la première fois que l'on n'achevait pas quelque chose. Lors d'une visite en prison, on a discuté tous les quatre pour savoir si on allait le terminer ou non, après un silence volontaire de deux ans pour ne pas choquer les proches et les moins proches. Mais là, il était peut-être temps qu'on se retourne vers la musique, vers quelque chose de positif", raconte Barthe, la voix fêlée. Néanmoins, il garde l'espoir que revive un jour son groupe, mais pas question de combler le vide en embauchant un nouveau chanteur en attendant Cantat: "Il ne se passera rien sous le nom de Noir Désir sans Bertrand."
On parle à Barthe des admirateurs, nombreux, qui ont beaucoup de difficulté à réécouter Noir Désir depuis la tragédie de Vilnius: "On a lu ça dans la presse, dans pas mal de journaux en France, mais on a rencontré personne qui nous l'ait dit en face. On n'a pas reçu de lettres non plus, on n'a rien reçu de négatif de la part du public. Ça nous a surpris. car on s'attendait à ce qu'il y ait de mauvais retours, on l'aurait compris et accepté. Côté public, on n'a croisé que des gens qui ont été vachement réconfortants, solidaires de ce qui nous arrivait."
En 20 ans de carrière, seulement deux lives de Noir Désir sont sortis. Le premier, Dies Irae, en 1994, et celui-ci, En public, paru récemment: "Les choses se sont faites comme cela. Sur les tournées d'avant, on n'avait pas spécialement enregistré nos concerts, c'était plus léger. Mais cette fois-ci, ce n'était pas la même chose. Sur Des Visages, des Figures, on a travaillé différemment, on a inclus pas mal de samplings, des sons synthétiques, on n'a pas joué nécessairement sur nos instruments de prédilection, c'est-à-dire qu'on n'était pas toujours à la guitare, à la batterie et à la basse. Au moment de monter la dernière tournée, on s'est dit que c'était le moment de revisiter nos anciens morceaux de la même manière. On a procédé à deux mois de répétitions pour réarranger nos anciens titres pour qu'ils collent avec les nouveaux." Et comment s'est constitué le répertoire? "On a noté tous nos morceaux sur un grand tableau et on a choisi à l'unanimité ce que nous voulions jouer. On a la chance de se retrouver dans nos choix communs, ce n'est pas arrivé qu'il y ait de grosses discussions. Un seul morceau nous a divisés: L'Appartement, que nous voulions faire et pas Bertrand. Dans Noir Désir, il suffit qu'un seul membre ne soit pas d'accord pour qu'on ne le fasse pas..."
En plus de ses chansons originales, Noir Désir reprend sur ce double album Ces Gens-là de Jacques Brel ainsi qu'une surprenante relecture de 21st Century Schizoid Man de King Crimson: "On en parlait depuis au moins 10 ans. Ce qui nous a décidés à s'y attaquer, c'est l'arrivée dans le groupe de Christophe Perruchi aux claviers et sampleurs. On l'a répétée comme ça, à la volée, en un après-midi."
Démocratie et urgence chez Noir Désir, mêlées au goût de la poésie de son chanteur: "Le texte de Ce n'est pas moi qui clame est d'un poète hongrois, Jozsef Attila. Un jour, pendant le sound check, Bertrand a lu ce poème. Et nous, on est partis sur des ambiances musicales. À la fin, on a décidé de le jouer le soir même. La musique était de l'impro totale."
"Écoutez, je ne vais pas trop mal, on a une belle journée ensoleillée, alors on en profite..." Même les questions en apparence banales prennent une tournure dramatique. Cette faille dans la voix de Denis Barthe, au bout du fil, tout admirateur de Noir Désir pourrait la pressentir, la comprendre. L'heure est à la promo, mais aussi, forcément, au chagrin, puisque le spectre de Bertrand Cantat hante nos mémoires, se pointe dans les réponses malgré des questions volontairement imprécises, pudiques. De la tristesse dans l'air, dans la tonalité des voix. Des silences. On pense aux vies gâchées, aux déchirures, à la solitude, à la carrière foutue d'un des plus grands groupes de rock français.
Le mélomane voudrait bien parler du grand incendie allumé il y a 20 ans par Noir Désir, de la puissante décharge électrique qui secoue chacun de ses albums, de cette fièvre poétique et rock. Malheureusement, depuis les événements de Vilnius, Marie Trintignant est sous terre et Bertrand Cantat, derrière les barreaux. On perd en même temps une grande actrice et un chanteur de feu. Déchirures.
Trois ans après sa dernière tournée pour Des Visages, des Figures, Noir Désir se relève et sort enfin ce splendide double album en public: "En 2003, au moment de Vilnius, on était en train de travailler sur ce live, on avait avancé le mixage. Et puis voilà, il s'est passé ce qui s'est passé... On a tout mis dans nos cartons, on a oublié par force tout ce qui était musique pour se concentrer sur le
malheur qui était arrivé et comment on pouvait faire face à ce drame. Bertrand a été jugé, puis rapatrié en France. Et ce n'est qu'une fois qu'il a commencé à purger sa peine en France qu'on a recommencé à penser à ce disque live. On l'avait laissé en suspens, c'était la première fois que l'on n'achevait pas quelque chose. Lors d'une visite en prison, on a discuté tous les quatre pour savoir si on allait le terminer ou non, après un silence volontaire de deux ans pour ne pas choquer les proches et les moins proches. Mais là, il était peut-être temps qu'on se retourne vers la musique, vers quelque chose de positif", raconte Barthe, la voix fêlée. Néanmoins, il garde l'espoir que revive un jour son groupe, mais pas question de combler le vide en embauchant un nouveau chanteur en attendant Cantat: "Il ne se passera rien sous le nom de Noir Désir sans Bertrand."
On parle à Barthe des admirateurs, nombreux, qui ont beaucoup de difficulté à réécouter Noir Désir depuis la tragédie de Vilnius: "On a lu ça dans la presse, dans pas mal de journaux en France, mais on a rencontré personne qui nous l'ait dit en face. On n'a pas reçu de lettres non plus, on n'a rien reçu de négatif de la part du public. Ça nous a surpris. car on s'attendait à ce qu'il y ait de mauvais retours, on l'aurait compris et accepté. Côté public, on n'a croisé que des gens qui ont été vachement réconfortants, solidaires de ce qui nous arrivait."
En 20 ans de carrière, seulement deux lives de Noir Désir sont sortis. Le premier, Dies Irae, en 1994, et celui-ci, En public, paru récemment: "Les choses se sont faites comme cela. Sur les tournées d'avant, on n'avait pas spécialement enregistré nos concerts, c'était plus léger. Mais cette fois-ci, ce n'était pas la même chose. Sur Des Visages, des Figures, on a travaillé différemment, on a inclus pas mal de samplings, des sons synthétiques, on n'a pas joué nécessairement sur nos instruments de prédilection, c'est-à-dire qu'on n'était pas toujours à la guitare, à la batterie et à la basse. Au moment de monter la dernière tournée, on s'est dit que c'était le moment de revisiter nos anciens morceaux de la même manière. On a procédé à deux mois de répétitions pour réarranger nos anciens titres pour qu'ils collent avec les nouveaux." Et comment s'est constitué le répertoire? "On a noté tous nos morceaux sur un grand tableau et on a choisi à l'unanimité ce que nous voulions jouer. On a la chance de se retrouver dans nos choix communs, ce n'est pas arrivé qu'il y ait de grosses discussions. Un seul morceau nous a divisés: L'Appartement, que nous voulions faire et pas Bertrand. Dans Noir Désir, il suffit qu'un seul membre ne soit pas d'accord pour qu'on ne le fasse pas..."
En plus de ses chansons originales, Noir Désir reprend sur ce double album Ces Gens-là de Jacques Brel ainsi qu'une surprenante relecture de 21st Century Schizoid Man de King Crimson: "On en parlait depuis au moins 10 ans. Ce qui nous a décidés à s'y attaquer, c'est l'arrivée dans le groupe de Christophe Perruchi aux claviers et sampleurs. On l'a répétée comme ça, à la volée, en un après-midi."
Démocratie et urgence chez Noir Désir, mêlées au goût de la poésie de son chanteur: "Le texte de Ce n'est pas moi qui clame est d'un poète hongrois, Jozsef Attila. Un jour, pendant le sound check, Bertrand a lu ce poème. Et nous, on est partis sur des ambiances musicales. À la fin, on a décidé de le jouer le soir même. La musique était de l'impro totale."
Le grand incendie de Noir Désir n'a pas fini de brûler, rouge et noir, zébrures de beauté rock.
Noir Désir
En public
(Universal)
En public
(Universal)
Ils étaient quatre - Kathleen Lavoie - Le Soleil - cyberpresse.ca
Vur sur http://www.cyberpresse.ca/
Le vendredi 25 novembre 2005
Le vendredi 25 novembre 2005
Noir Désir en des jours meilleurs. De sa prison française, Bertrand Cantat s’est beaucoup impliqué dans la réalisation du « live ». « Ça nous a beaucoup rassurés sur sa santé de le voir s’investir de cette manière. Il n’a pas écouté ça l’œil dans le vague », relate le musicien Denis Barthe.
Ils étaient quatre - Kathleen Lavoie - Le Soleil
Noir Désir, c’est le plus grand groupe rock français et 25 ans de production musicale exemplaire. Mais depuis juillet 2003, Noir Désir, c’est aussi le synonyme d’une des plus troublantes tragédies des dernières années. Cette plaie béante, cette large écorchure dans la biographie d’un groupe admiré pour son intégrité et son refus du compromis constituera-t-elle son chapitre final ?
Cette question, on ne la croyait pas possible avant l’été 2003, la triste saison marquée par le drame de Vilnius, cette ville de Lituanie où l’actrice Marie Trintignant a trouvé la mort par la main de son compagnon Bertrand Cantat, le charismatique chanteur du groupe Noir Désir.
Malgré un verdict de culpabilité qui a vu ce dernier écoper d’une peine de huit ans de prison, l’onde de choc subsiste toujours deux ans après la tragédie. Entre les recours au civil intentés par la famille Trintignant, le livre-choc (Méfaits divers) publié par Xavier, le frère de Bertrand, les drames de trois familles brisées, dont celle de Noir Désir, et l’acharnement des médias français, la poussière ne semble pas vouloir retomber.
En marge, les trois quarts restants de la formation bordelaise, Serge Teyssot-Gay (guitare), Jean-Paul Roy (basse) et Denis Barthe (batterie), ont continué d’exister en silence, malgré leur propre souffrance. Il a fallu l’achèvement d’un projet amorcé avant Vilnius, le live En public, pour que les trois compagnons reprennent la parole au nom de Noir Désir.
Cette question, on ne la croyait pas possible avant l’été 2003, la triste saison marquée par le drame de Vilnius, cette ville de Lituanie où l’actrice Marie Trintignant a trouvé la mort par la main de son compagnon Bertrand Cantat, le charismatique chanteur du groupe Noir Désir.
Malgré un verdict de culpabilité qui a vu ce dernier écoper d’une peine de huit ans de prison, l’onde de choc subsiste toujours deux ans après la tragédie. Entre les recours au civil intentés par la famille Trintignant, le livre-choc (Méfaits divers) publié par Xavier, le frère de Bertrand, les drames de trois familles brisées, dont celle de Noir Désir, et l’acharnement des médias français, la poussière ne semble pas vouloir retomber.
En marge, les trois quarts restants de la formation bordelaise, Serge Teyssot-Gay (guitare), Jean-Paul Roy (basse) et Denis Barthe (batterie), ont continué d’exister en silence, malgré leur propre souffrance. Il a fallu l’achèvement d’un projet amorcé avant Vilnius, le live En public, pour que les trois compagnons reprennent la parole au nom de Noir Désir.
Années terribles
« On va mieux, rassure aujourd’hui Denis Barthe. On a passé deux ans terribles où l’on s’est retrouvé dans une histoire qui n’est pas la nôtre. Pour la première fois de l’histoire de Noir Désir, on a eu à subir la presse à scandale. Jusque-là, on avait toujours réussi à tracer notre chemin sans elle. Sans être contraints, on a subi des choses désagréables. Heureusement, quand Bertrand a été jugé et a été rapatrié en France, on a pu se voir tous les quatre librement. »
C’est lors d’une de ces rencontres que les quatre musiciens se sont entendus pour compléter En public, un disque témoignant de la tournée Des visages, des figures, leur magnifique album de 2001. Une soixantaine de représentations avaient été enregistrées en vue de ce disque, qui est sorti en septembre sous la forme de deux éditions, la première, limitée, de 24 titres, et l’autre, de 15 chansons. Un DVD devrait également paraître le 24 janvier.
« Deux choses pouvaient se passer avec ce live, dont on est d’ailleurs très fiers. Soit il ne voyait pas le jour, ce qui aurait été courber l’échine, soit on se tournait vers quelque chose de positif en revenant à notre propos premier, qui est la musique, se souvient Denis Barthe. Ce qui s’est passé est incompréhensible et impardonnable, mais Bertrand ne l’a pas fait parce qu’il est quelqu’un d’horrible... Et s’il fallait que ce disque soit le point final de l’aventure Noir Désir, ce serait au moins positif. »
En refaisant surface, le groupe savait qu’il se ferait accuser de profiter de la situation à des fins mercantiles. Depuis le début des événements de Vilnius, les tabloïds n’ont pas manqué de les inclure dans la sordide affaire. Leur retour sur disque ne ferait pas exception.
À cet égard, le batteur ne manque pas de rappeler que le groupe divise ses recettes en quatre parts et que celle revenant à Bertrand va directement dans un compte bloqué destiné à indemniser les quatre enfants de Marie Trintignant.
« Depuis le début de cette histoire, la presse a été terrible, mais le public, pas du tout. Nous n’avons reçu aucune lettre d’insultes. Tout ça a été monté par la presse. C’est elle qui a prétendu que les gens retournaient leurs albums, ce qui est totalement faux. Nous, ça nous surprenait... Si on a rencontré des journalistes qui dérapaient trop sur l’histoire de Bertrand, ça n’a jamais été le cas avec le live. On n’a pas vu de gens agressifs ou hostiles. Quand on a pris la décision de sortir l’album, on a pensé aux retombées qu’il pourrait y avoir. On savait que ça pourrait relancer la presse à scandale. »
En même temps, les trois musiciens ont jugé qu’il était temps de refaire sa place à la musique de Noir Désir.
« Pendant deux ans, on a gardé le silence pour respecter le deuil de la famille Trintignant et la douleur de la famille Cantat. On s’est dit que tout était tassé, revenu à la normale, bien que ce ne sera plus jamais normal. On était au moins revenu à une situation plus calme et sereine. Les esprits étaient apaisés de tous les côtés. Les gens ont compris que Bertrand avait été jugé, qu’il avait accepté sa peine et qu’il avait commencé à la purger. C’est important que les gens sachent que là-bas, il n’a pas de passe-droit, pas de quartier V.I.P., pas d’avantages sur les autres détenus. Il est en train de payer pour le crime qu’il a commis. »
« On va mieux, rassure aujourd’hui Denis Barthe. On a passé deux ans terribles où l’on s’est retrouvé dans une histoire qui n’est pas la nôtre. Pour la première fois de l’histoire de Noir Désir, on a eu à subir la presse à scandale. Jusque-là, on avait toujours réussi à tracer notre chemin sans elle. Sans être contraints, on a subi des choses désagréables. Heureusement, quand Bertrand a été jugé et a été rapatrié en France, on a pu se voir tous les quatre librement. »
C’est lors d’une de ces rencontres que les quatre musiciens se sont entendus pour compléter En public, un disque témoignant de la tournée Des visages, des figures, leur magnifique album de 2001. Une soixantaine de représentations avaient été enregistrées en vue de ce disque, qui est sorti en septembre sous la forme de deux éditions, la première, limitée, de 24 titres, et l’autre, de 15 chansons. Un DVD devrait également paraître le 24 janvier.
« Deux choses pouvaient se passer avec ce live, dont on est d’ailleurs très fiers. Soit il ne voyait pas le jour, ce qui aurait été courber l’échine, soit on se tournait vers quelque chose de positif en revenant à notre propos premier, qui est la musique, se souvient Denis Barthe. Ce qui s’est passé est incompréhensible et impardonnable, mais Bertrand ne l’a pas fait parce qu’il est quelqu’un d’horrible... Et s’il fallait que ce disque soit le point final de l’aventure Noir Désir, ce serait au moins positif. »
En refaisant surface, le groupe savait qu’il se ferait accuser de profiter de la situation à des fins mercantiles. Depuis le début des événements de Vilnius, les tabloïds n’ont pas manqué de les inclure dans la sordide affaire. Leur retour sur disque ne ferait pas exception.
À cet égard, le batteur ne manque pas de rappeler que le groupe divise ses recettes en quatre parts et que celle revenant à Bertrand va directement dans un compte bloqué destiné à indemniser les quatre enfants de Marie Trintignant.
« Depuis le début de cette histoire, la presse a été terrible, mais le public, pas du tout. Nous n’avons reçu aucune lettre d’insultes. Tout ça a été monté par la presse. C’est elle qui a prétendu que les gens retournaient leurs albums, ce qui est totalement faux. Nous, ça nous surprenait... Si on a rencontré des journalistes qui dérapaient trop sur l’histoire de Bertrand, ça n’a jamais été le cas avec le live. On n’a pas vu de gens agressifs ou hostiles. Quand on a pris la décision de sortir l’album, on a pensé aux retombées qu’il pourrait y avoir. On savait que ça pourrait relancer la presse à scandale. »
En même temps, les trois musiciens ont jugé qu’il était temps de refaire sa place à la musique de Noir Désir.
« Pendant deux ans, on a gardé le silence pour respecter le deuil de la famille Trintignant et la douleur de la famille Cantat. On s’est dit que tout était tassé, revenu à la normale, bien que ce ne sera plus jamais normal. On était au moins revenu à une situation plus calme et sereine. Les esprits étaient apaisés de tous les côtés. Les gens ont compris que Bertrand avait été jugé, qu’il avait accepté sa peine et qu’il avait commencé à la purger. C’est important que les gens sachent que là-bas, il n’a pas de passe-droit, pas de quartier V.I.P., pas d’avantages sur les autres détenus. Il est en train de payer pour le crime qu’il a commis. »
La revanche de la presse à scandale
Cette spectaculaire chute du héros Cantat, le défenseur des SDF et des sans-papiers, le pourfendeur de la mondialisation et de ses effets pervers sur l’industrie de la musique, donnait à la presse people française sa plus belle revanche sur Noir Désir, une formation qui n’a jamais voulu jouer son jeu.
« L’occasion était trop belle. Ça faisait 25 ans qu’on disait qu’on n’avait pas besoin de la presse poubelle. On ne s’en occupait pas. On n’a jamais voulu manger de cette soupe-là. L’occasion était belle de nous faire payer l’addition. Pour eux, c’était énorme. Une énorme affaire lucrative. Ces gens-là ne se soucient pas des familles, des gens proches. Pire, toute cette presse-là se moque aujourd’hui des femmes battues... » laisse entendre un Denis Barthe visiblement amer.
Aussi, les trois musiciens ont maintenu leur ligne habituelle quand est venu le temps de promouvoir En public, soit de n’accorder que quelques entrevues à des médias choisis, mais aucune télé. Le jour où ils y réapparaîtront, ils seront à nouveau quatre.
La démocratie a toujours été un principe important au sein de Noir Désir et continue de prévaloir par-delà les murs du Centre de détention de Muret, où Bertrand Cantat est détenu. C’est aussi là qu’il a approuvé les bandes d’En public.
« Nous avons eu l’autorisation du ministère de la Justice. On a pu le rencontrer deux fois dans le cadre de visites un peu plus prolongées. On lui a fait écouter les mixes. Il a participé, donné ses commentaires. Ça nous a beaucoup rassurés sur sa santé de le voir s’investir de cette manière. Il n’a pas écouté ça l’œil dans le vague... On a donc décidé de ce qu’il y a sur le CD à quatre. Pour ce qui est du travail intérieur de la pochette, c’était un peu plus compliqué. »
En dehors de ces instants volés, Noir Désir n’existe plus que de nom. « On n’a plus fait de musique ensemble. C’est triste dans le local de répétition sans Bertrand... », explique Denis.
De son côté, le batteur vient de signer avec Jean-Paul Roy la musique du film Enfermés dehors d’Albert Dupontel.
« Serge, lui, a enregistré son album à la maison. Ça reste des histoires de famille, même si on ne se retrouve jamais tous les trois ensemble. Après, rien n’est impossible. (…) Ce qui est certain, c’est qu’on ne sortira pas de fonds de tiroir de Noir Désir et qu’on ne fera rien sur scène sous le nom de Noir Désir sans Bertrand. »
L’avenir n’est donc pas totalement joué pour Noir Désir. Denis Barthe le premier souhaite un retour du groupe.
« Après les deux ans qu’on vient de passer, on ne peut qu’être optimiste, même s’il y a beaucoup de choses qu’on entrevoit qu’au conditionnel. Tant qu’on ne sera pas tous les quatre autour d’une même table, sans les murs pour nous écouter, on ne prendra pas de décision. Cela dit, l’envie de refaire quelque chose ensemble est là. Il n’y en a pas un d’entre nous qui n’a pas envie de refaire un album ou un spectacle. Est-ce que ce sera possible avec la vie que nous ferons les médias en France ? Est-ce que Bertrand sera capable de vivre dans la tranquillité ? Seul l’avenir le dira... »
Cette spectaculaire chute du héros Cantat, le défenseur des SDF et des sans-papiers, le pourfendeur de la mondialisation et de ses effets pervers sur l’industrie de la musique, donnait à la presse people française sa plus belle revanche sur Noir Désir, une formation qui n’a jamais voulu jouer son jeu.
« L’occasion était trop belle. Ça faisait 25 ans qu’on disait qu’on n’avait pas besoin de la presse poubelle. On ne s’en occupait pas. On n’a jamais voulu manger de cette soupe-là. L’occasion était belle de nous faire payer l’addition. Pour eux, c’était énorme. Une énorme affaire lucrative. Ces gens-là ne se soucient pas des familles, des gens proches. Pire, toute cette presse-là se moque aujourd’hui des femmes battues... » laisse entendre un Denis Barthe visiblement amer.
Aussi, les trois musiciens ont maintenu leur ligne habituelle quand est venu le temps de promouvoir En public, soit de n’accorder que quelques entrevues à des médias choisis, mais aucune télé. Le jour où ils y réapparaîtront, ils seront à nouveau quatre.
La démocratie a toujours été un principe important au sein de Noir Désir et continue de prévaloir par-delà les murs du Centre de détention de Muret, où Bertrand Cantat est détenu. C’est aussi là qu’il a approuvé les bandes d’En public.
« Nous avons eu l’autorisation du ministère de la Justice. On a pu le rencontrer deux fois dans le cadre de visites un peu plus prolongées. On lui a fait écouter les mixes. Il a participé, donné ses commentaires. Ça nous a beaucoup rassurés sur sa santé de le voir s’investir de cette manière. Il n’a pas écouté ça l’œil dans le vague... On a donc décidé de ce qu’il y a sur le CD à quatre. Pour ce qui est du travail intérieur de la pochette, c’était un peu plus compliqué. »
En dehors de ces instants volés, Noir Désir n’existe plus que de nom. « On n’a plus fait de musique ensemble. C’est triste dans le local de répétition sans Bertrand... », explique Denis.
De son côté, le batteur vient de signer avec Jean-Paul Roy la musique du film Enfermés dehors d’Albert Dupontel.
« Serge, lui, a enregistré son album à la maison. Ça reste des histoires de famille, même si on ne se retrouve jamais tous les trois ensemble. Après, rien n’est impossible. (…) Ce qui est certain, c’est qu’on ne sortira pas de fonds de tiroir de Noir Désir et qu’on ne fera rien sur scène sous le nom de Noir Désir sans Bertrand. »
L’avenir n’est donc pas totalement joué pour Noir Désir. Denis Barthe le premier souhaite un retour du groupe.
« Après les deux ans qu’on vient de passer, on ne peut qu’être optimiste, même s’il y a beaucoup de choses qu’on entrevoit qu’au conditionnel. Tant qu’on ne sera pas tous les quatre autour d’une même table, sans les murs pour nous écouter, on ne prendra pas de décision. Cela dit, l’envie de refaire quelque chose ensemble est là. Il n’y en a pas un d’entre nous qui n’a pas envie de refaire un album ou un spectacle. Est-ce que ce sera possible avec la vie que nous ferons les médias en France ? Est-ce que Bertrand sera capable de vivre dans la tranquillité ? Seul l’avenir le dira... »
L'éphémère résurrection de Noir Désir - LE MONDE | 15.09.05 | 13h10
Vu sur lemonde.fr
L'éphémère résurrection de Noir Désir - LE MONDE | 15.09.05 | 13h10
L'éphémère résurrection de Noir Désir - LE MONDE | 15.09.05 | 13h10
Partout, ils sont quatre : sur la couverture ou à la une de la dizaine de magazines et journaux auxquels le batteur Denis Barthe, le guitariste Serge Teyssot-Gay et le bassiste Jean-Paul Roy viennent d'accorder des entretiens. Les trois musiciens s'expriment à l'occasion de la sortie (le 19 septembre) d'un double CD - En public - et d'un double DVD - En image - enregistrés en concert. Leur groupe, Noir Désir, apparaît toujours au complet, accompagné de son chanteur, Bertrand Cantat. "Nous avons refusé toute session photo à trois, précise Denis Barthe, de même que nous ne ferons aucune télé. Nous aurions mal vécu d'être présents sans Bertrand".
Il est en effet difficile d'ignorer que Bertrand Cantat purge à la prison de Muret (Haute-Garonne) une peine de huit ans pour avoir tué, lors d'une dispute, à Vilnius (Lituanie), en juillet 2003, sa compagne, la comédienne Marie Trintignant.
Il y a onze ans, la parution du premier album live de Noir Désir, Dies Irae, n'avait pas suscité une couverture médiatique démesurée. Mais le premier signe de vie, depuis le drame de Vilnius, du groupe qui était, en 2003, la formation rock la plus populaire de France, suscite questions, émotions, interprétations.
Il est en effet difficile d'ignorer que Bertrand Cantat purge à la prison de Muret (Haute-Garonne) une peine de huit ans pour avoir tué, lors d'une dispute, à Vilnius (Lituanie), en juillet 2003, sa compagne, la comédienne Marie Trintignant.
Il y a onze ans, la parution du premier album live de Noir Désir, Dies Irae, n'avait pas suscité une couverture médiatique démesurée. Mais le premier signe de vie, depuis le drame de Vilnius, du groupe qui était, en 2003, la formation rock la plus populaire de France, suscite questions, émotions, interprétations.
INTERMINABLES DÉBATS
Ce disque et ce DVD font-ils office de machine à remonter le temps ou à prévoir l'avenir ? Ils étaient planifiés de longue date. En 2003, "Noir Déz", a vendu un million d'exemplaires de l'album Des visages des figures, paru en septembre 2001 et conclu une tournée triomphale en France et à l'étranger. "Habituellement , se souvient le batteur, nous finissions les tournées avec l'envie de nous couper de tout. Cette fois, nous pensions à retourner en studio pour enregistrer rapidement un nouvel album, plus brut, plus rock'n'roll."
Après avoir enregistré la bande-son d'un DVD, Mada , consacré au peintre Paul Boas, le quatuor s'était lancé dans le choix et le mixage de la vingtaine de morceaux qui devaient figurer sur un double album live. "Ces enregistrements nous tenaient à coeur, explique Serge Teyssot-Gay, sur la tournée, nous avions élargi le groupe à un clavier-sampler, Christophe Perruchi, qui permettait une relecture de nos anciens morceaux."
Cet été-là, Sergio, Nini et Jean-Paul oeuvraient dans un studio des Landes, pendant que Bertrand avait emporté en Lituanie la centaine de versions parmi lesquelles devait figurer la sélection finale. "On a beaucoup glosé, déplore Denis Barthe, sur le fait que Bertrand ne sortait pas de sa chambre d'hôtel, à Vilnius, pendant le tournage du téléfilm dans lequel jouait Marie Trintignant. En fait, il travaillait."
La tragédie fera remiser sine die le projet de disque en concert. Les musiciens font face, en silence, à la tourmente, et partent régulièrement soutenir leur chanteur, emprisonné à Vilnius. "Nous n'étions plus une entité artistique, souligne Teyssot-Gay, nous étions une famille, des frangins." Le transfert en France de Bertrand Cantat, le 28 septembre 2004, redonne envie au groupe de terminer ce qu'il avait entrepris. "Après dix-huit mois de retenue, justifie Denis Barthe, à ne parler que de choses dramatiques, nous nous sommes dit que nous pouvions repenser au groupe, nous tourner vers quelque chose de positif, en reparlant de musique, ce langage avec lequel nous nous comprenons le mieux. Finir ce live, ce pouvait être une petite fenêtre ouverte pour Bertrand."
Pour cette formation habituée, depuis près de vingt-cinq ans, à d'interminables débats internes à propos de la moindre décision à prendre, il était impensable de se remettre au travail sans l'aval et l'implication de son chanteur. "Nous avons demandé au ministère de la justice si on pouvait le faire participer au mixage. Nous avons obtenu une autorisation pour deux après-midi, au printemps 2005. La première écoute a provoqué un gros coup de blues. Bertrand n'avait plus entendu de musique de Noir Désir depuis deux ans. Nous avons essayé de dédramatiser la situation. Puis, à quatre autour de la table, les murs ont semblé disparaître. Bertrand a pointé des voix, une rythmique qui ne lui plaisaient pas. Nous avons défendu certaines options, comme lors d'une réunion normale. Pour le visuel de la pochette, nous avons ensuite échangé des courriers et des coups de téléphone."
Ce disque et ce DVD font-ils office de machine à remonter le temps ou à prévoir l'avenir ? Ils étaient planifiés de longue date. En 2003, "Noir Déz", a vendu un million d'exemplaires de l'album Des visages des figures, paru en septembre 2001 et conclu une tournée triomphale en France et à l'étranger. "Habituellement , se souvient le batteur, nous finissions les tournées avec l'envie de nous couper de tout. Cette fois, nous pensions à retourner en studio pour enregistrer rapidement un nouvel album, plus brut, plus rock'n'roll."
Après avoir enregistré la bande-son d'un DVD, Mada , consacré au peintre Paul Boas, le quatuor s'était lancé dans le choix et le mixage de la vingtaine de morceaux qui devaient figurer sur un double album live. "Ces enregistrements nous tenaient à coeur, explique Serge Teyssot-Gay, sur la tournée, nous avions élargi le groupe à un clavier-sampler, Christophe Perruchi, qui permettait une relecture de nos anciens morceaux."
Cet été-là, Sergio, Nini et Jean-Paul oeuvraient dans un studio des Landes, pendant que Bertrand avait emporté en Lituanie la centaine de versions parmi lesquelles devait figurer la sélection finale. "On a beaucoup glosé, déplore Denis Barthe, sur le fait que Bertrand ne sortait pas de sa chambre d'hôtel, à Vilnius, pendant le tournage du téléfilm dans lequel jouait Marie Trintignant. En fait, il travaillait."
La tragédie fera remiser sine die le projet de disque en concert. Les musiciens font face, en silence, à la tourmente, et partent régulièrement soutenir leur chanteur, emprisonné à Vilnius. "Nous n'étions plus une entité artistique, souligne Teyssot-Gay, nous étions une famille, des frangins." Le transfert en France de Bertrand Cantat, le 28 septembre 2004, redonne envie au groupe de terminer ce qu'il avait entrepris. "Après dix-huit mois de retenue, justifie Denis Barthe, à ne parler que de choses dramatiques, nous nous sommes dit que nous pouvions repenser au groupe, nous tourner vers quelque chose de positif, en reparlant de musique, ce langage avec lequel nous nous comprenons le mieux. Finir ce live, ce pouvait être une petite fenêtre ouverte pour Bertrand."
Pour cette formation habituée, depuis près de vingt-cinq ans, à d'interminables débats internes à propos de la moindre décision à prendre, il était impensable de se remettre au travail sans l'aval et l'implication de son chanteur. "Nous avons demandé au ministère de la justice si on pouvait le faire participer au mixage. Nous avons obtenu une autorisation pour deux après-midi, au printemps 2005. La première écoute a provoqué un gros coup de blues. Bertrand n'avait plus entendu de musique de Noir Désir depuis deux ans. Nous avons essayé de dédramatiser la situation. Puis, à quatre autour de la table, les murs ont semblé disparaître. Bertrand a pointé des voix, une rythmique qui ne lui plaisaient pas. Nous avons défendu certaines options, comme lors d'une réunion normale. Pour le visuel de la pochette, nous avons ensuite échangé des courriers et des coups de téléphone."
RÉOXYGÉNATION DU GROUPE
Le batteur, le guitariste et le bassiste sont conscients que ces nouvelles sorties choqueront certains. Denis Barthe tire comme conclusion que "Bertrand est quelqu'un comme tout le monde, capable du meilleur et du pire. Cela n'a jamais remis en question ce que nous avions fait avant" . Volontairement, le groupe et sa maison de disques, Barclay, ont choisi des titres d'album - En public - et de DVD - En image -, les plus neutres et les moins sujets à interprétation.
"En revanche, prévient Serge Teyssot-Gay, pas question de censurer l'intensité de la musique et des textes. A l'écoute, les premiers mixages nous avaient parus trop lisses. Nous avons opté pour la puissance de notre son de scène."
Cette réoxygénation du groupe est-elle porteuse d'avenir ? "Nous ne faisons pas de projet. Dans l'histoire du groupe, toutes nos décisions ont été prises après de longues discussions tous les quatre ensemble. Les conditions ne sont pas réunies pour avoir cette discussion. L'envie de rejouer ensemble n'a jamais disparu, mais dans quel contexte ? Sous quelles formes ? Une répétition ? Un album ? Une tournée ? Un concert unique ? Tout est concevable."
En attendant, le groupe balaie l'idée d'exploiter les fonds de tiroir. Les six morceaux enregistrés en acoustique pour une émission de radio italienne ainsi qu'une dizaine d'inédits restent de côté. Barclay, à qui le groupe doit encore un album studio, a choisi de ne rien lui demander, au moins tant que Bertrand Cantat restera en prison.
Si les musiciens ont pu rejouer deux par deux - Serge avec Jean-Paul pour accompagner une lecture de l'écrivain Lydie Salvayre, Jean-Paul avec Denis pour la bande originale du prochain film d'Albert Dupontel -, les trois n'ont pas eu le courage de répéter ensemble sans leur chanteur. "En trio, l'absence de Bertrand serait trop grande pour qu'on échappe à la déprime", remarque Teyssot-Gay.
Ces dernières semaines, Jean-Paul Roy a mis sa basse au service de la tournée de Yann Tiersen. Dans son studio, près de Bordeaux, Denis Barthe a produit une compilation hommage au chanteur belge Arno et le nouvel album des Têtes raides (à paraître cet automne). Serge Teyssot-Gay a tourné, en 2005, sous le nom d'Interzone, avec le joueur de oud syrien Khaled Al Jaramani, avec qui il enregistrera bientôt un deuxième album. Il a aussi formé un trio avec le batteur Cyril Bilbeaud et le guitariste Marc Sens, dévolu à l'accompagnement de lectures littéraires. De nombreuses façons d'essayer de combler un énorme vide.
Le batteur, le guitariste et le bassiste sont conscients que ces nouvelles sorties choqueront certains. Denis Barthe tire comme conclusion que "Bertrand est quelqu'un comme tout le monde, capable du meilleur et du pire. Cela n'a jamais remis en question ce que nous avions fait avant" . Volontairement, le groupe et sa maison de disques, Barclay, ont choisi des titres d'album - En public - et de DVD - En image -, les plus neutres et les moins sujets à interprétation.
"En revanche, prévient Serge Teyssot-Gay, pas question de censurer l'intensité de la musique et des textes. A l'écoute, les premiers mixages nous avaient parus trop lisses. Nous avons opté pour la puissance de notre son de scène."
Cette réoxygénation du groupe est-elle porteuse d'avenir ? "Nous ne faisons pas de projet. Dans l'histoire du groupe, toutes nos décisions ont été prises après de longues discussions tous les quatre ensemble. Les conditions ne sont pas réunies pour avoir cette discussion. L'envie de rejouer ensemble n'a jamais disparu, mais dans quel contexte ? Sous quelles formes ? Une répétition ? Un album ? Une tournée ? Un concert unique ? Tout est concevable."
En attendant, le groupe balaie l'idée d'exploiter les fonds de tiroir. Les six morceaux enregistrés en acoustique pour une émission de radio italienne ainsi qu'une dizaine d'inédits restent de côté. Barclay, à qui le groupe doit encore un album studio, a choisi de ne rien lui demander, au moins tant que Bertrand Cantat restera en prison.
Si les musiciens ont pu rejouer deux par deux - Serge avec Jean-Paul pour accompagner une lecture de l'écrivain Lydie Salvayre, Jean-Paul avec Denis pour la bande originale du prochain film d'Albert Dupontel -, les trois n'ont pas eu le courage de répéter ensemble sans leur chanteur. "En trio, l'absence de Bertrand serait trop grande pour qu'on échappe à la déprime", remarque Teyssot-Gay.
Ces dernières semaines, Jean-Paul Roy a mis sa basse au service de la tournée de Yann Tiersen. Dans son studio, près de Bordeaux, Denis Barthe a produit une compilation hommage au chanteur belge Arno et le nouvel album des Têtes raides (à paraître cet automne). Serge Teyssot-Gay a tourné, en 2005, sous le nom d'Interzone, avec le joueur de oud syrien Khaled Al Jaramani, avec qui il enregistrera bientôt un deuxième album. Il a aussi formé un trio avec le batteur Cyril Bilbeaud et le guitariste Marc Sens, dévolu à l'accompagnement de lectures littéraires. De nombreuses façons d'essayer de combler un énorme vide.
AFP/BERTRAND GUAY Le groupe Noir Désir en concert au Zénith de Paris, lors des 17es Victoires de la musique, le 9 mars 2002.
vendredi 7 décembre 2012
Bonus DVD Noir Desir en Public (et en images)
Bonus DVD Noir Desir en Public (et en images)
Depuis le menu, se placer sur "spot tv", et appuyer sur la flèche vers la droite (de votre telecommande !) : une nouvelle étoile apparaît à droite, Enjoy!
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NOIR DESIR - En public & en images
Vu sur www.wanadoo.fr
NOIR DESIR - En public & en images
Partagé entre la réprobation et l'admiration, celui qui se plonge dans cet album ne pourra cependant pas éviter d'être séduit par l'intensité de l'interprétation des titres du groupe bordelais. Entre les brûlots quasi-punk et new wave des débuts ( Les Ecorchés) et les volutes acoustiques de Le vent l'emportera, on mesure l'évolution de ce groupe, qui, malgré tout, marqua sa génération. Un chant du cygne bien amer pour ces sombres héros.
Alexandre Zermati
NOIR DESIR - En public & en images
Partagé entre la réprobation et l'admiration, celui qui se plonge dans cet album ne pourra cependant pas éviter d'être séduit par l'intensité de l'interprétation des titres du groupe bordelais. Entre les brûlots quasi-punk et new wave des débuts ( Les Ecorchés) et les volutes acoustiques de Le vent l'emportera, on mesure l'évolution de ce groupe, qui, malgré tout, marqua sa génération. Un chant du cygne bien amer pour ces sombres héros.
Alexandre Zermati
Noir Désir : CD et DVD vu sur dvd-bonus.com
Newz d'octobre 2005 :
Noir Désir : CD et DVD
Projet de longue date, bien avant le drame, "En Public Et En Images" est un double CD (principalement des titres enregistrés pendant leur tournée en 2002 et 2003) et sera disponible en version album original, en édition luxe double digifile (coffret incluant un livret de 52 pages), et en DVD .
Un DVD qui proposera l'ultime concert donné à « l'Agora » d'Evry, le 14 décembre 2002 (filmé par Don Kent). A l'affiche des suppléments : making-of, clips et créations visuelles autour du groupe.
A noter que les revenus de cette édition devraient directement être versés aux enfants Trintignant. (source : Le Parisien/Libération).
Pour patienter, ne manquez pas le site officiel (lien plus bas), ouvert de nouveau depuis peu avec ce préambule :
On ne sait jamais, on ne sait jamais...
Cette phrase a souvent été au coeur des discussions des membres de Noir Désir. Aujourd'hui, elle résonne une fois de plus à nos oreilles mais pour des motifs bien différents qui ne seront pas, vous le comprendrez, évoqués dans les pages de ce site.
Au-delà d'une incompréhensible tragédie, il existe une histoire qui, depuis son commencement il y a 23 ans, s'est écrite de manière juste et belle, imperméable à toutes les salissures. Notre histoire, nous en sommes fiers et nombre d'entre vous en font partie.
C'est pour ces raisons que nous réouvrons ce site dont le contenu n'est que la simple restitution d'un parcours collectif, nourri de fortes rencontres, humaines, artistiques et citoyennes. Une juste mémoire que nul ni personne ne peut effacer.
Vu sur www.dvd-bonus.com
Noir Désir : CD et DVD
Projet de longue date, bien avant le drame, "En Public Et En Images" est un double CD (principalement des titres enregistrés pendant leur tournée en 2002 et 2003) et sera disponible en version album original, en édition luxe double digifile (coffret incluant un livret de 52 pages), et en DVD .
Un DVD qui proposera l'ultime concert donné à « l'Agora » d'Evry, le 14 décembre 2002 (filmé par Don Kent). A l'affiche des suppléments : making-of, clips et créations visuelles autour du groupe.
A noter que les revenus de cette édition devraient directement être versés aux enfants Trintignant. (source : Le Parisien/Libération).
Pour patienter, ne manquez pas le site officiel (lien plus bas), ouvert de nouveau depuis peu avec ce préambule :
On ne sait jamais, on ne sait jamais...
Cette phrase a souvent été au coeur des discussions des membres de Noir Désir. Aujourd'hui, elle résonne une fois de plus à nos oreilles mais pour des motifs bien différents qui ne seront pas, vous le comprendrez, évoqués dans les pages de ce site.
Au-delà d'une incompréhensible tragédie, il existe une histoire qui, depuis son commencement il y a 23 ans, s'est écrite de manière juste et belle, imperméable à toutes les salissures. Notre histoire, nous en sommes fiers et nombre d'entre vous en font partie.
C'est pour ces raisons que nous réouvrons ce site dont le contenu n'est que la simple restitution d'un parcours collectif, nourri de fortes rencontres, humaines, artistiques et citoyennes. Une juste mémoire que nul ni personne ne peut effacer.
"En public" - Noir Désir vu sur musicactu.com
Vu sur www.musicactu.com
"En public" - Noir Désir
En attendant un éventuel nouvel album, les bordelais remettent leurs activités en route et livrent le second live de leur longue carrière : "En public".La presse ne sait plus vraiment de quelle façon évoquer Noir Désir depuis le décès de Marie Trintignant. Avouons qu'il n'est pas toujours facile de dissocier les choses quand il s'agit de personnalités reconnues. Pourtant, c'est bien au rayon "musique" et non "faits divers" que l'on doit s'intéresser au groupe. Mis en pause depuis l'été 2003, En public revient aujourd'hui au coeur de l'actualité et témoigne de la grande tournée mondiale assurée par les Bordelais après la sortie de l'opus "Des visages, des figures". Le précédent live du groupe, "Dies Irae", avait été édité 11 ans plus tôt.
Ce condensé de tournée résume à merveille l'ambiance atypique régnant sur les concerts de Noir Désir. Capté aussi bien en Amérique du Nord qu'au Moyen-Orient ou en Europe, ce double disque a bénéficié d'un travail artistique de groupe, notamment dans le choix et l'ordre des titres proposés. Acoustique ou électrique, Noir Désir joue avec les ambiances, se donne à fond sur scène, tout en se permettant une dose d'improvisation parfaitement maîtrisée. On apprécie aussi bien la qualité sonore de l'enregistrement que les performances intenses sur "Le vent nous portera", "A ton étoile" ou encore "l'Homme pressé".
"En public" - Noir Désir
En attendant un éventuel nouvel album, les bordelais remettent leurs activités en route et livrent le second live de leur longue carrière : "En public".La presse ne sait plus vraiment de quelle façon évoquer Noir Désir depuis le décès de Marie Trintignant. Avouons qu'il n'est pas toujours facile de dissocier les choses quand il s'agit de personnalités reconnues. Pourtant, c'est bien au rayon "musique" et non "faits divers" que l'on doit s'intéresser au groupe. Mis en pause depuis l'été 2003, En public revient aujourd'hui au coeur de l'actualité et témoigne de la grande tournée mondiale assurée par les Bordelais après la sortie de l'opus "Des visages, des figures". Le précédent live du groupe, "Dies Irae", avait été édité 11 ans plus tôt.
Ce condensé de tournée résume à merveille l'ambiance atypique régnant sur les concerts de Noir Désir. Capté aussi bien en Amérique du Nord qu'au Moyen-Orient ou en Europe, ce double disque a bénéficié d'un travail artistique de groupe, notamment dans le choix et l'ordre des titres proposés. Acoustique ou électrique, Noir Désir joue avec les ambiances, se donne à fond sur scène, tout en se permettant une dose d'improvisation parfaitement maîtrisée. On apprécie aussi bien la qualité sonore de l'enregistrement que les performances intenses sur "Le vent nous portera", "A ton étoile" ou encore "l'Homme pressé".
Noir Désir de retour En public / dhnet.be
- Vu sur www.dhnet.be
Culture > Musique
Noir Désir de retour En public (23/09/2005)
© DR
Les Français au-devant de la scène pour de bonnes raisons: tant mieux, on se régale
BORDEAUX On ne reviendra pas sur les sordides événements qui sont survenus un soir de juillet 2003 à l'hôtel Dominga Plaza de Vilnius. On n'appuiera pas non plus une polémique vaine et putride sur la pertinence qu'a Noir Désir de sortir un double album live dont il avait déjà entamé la préparation avant le drame survenu en Lituanie. On laissera simplement la parole à Denis Barthe, le batteur du groupe, qui, comme les autres membres du groupe français, sort d'un long silence pour exprimer ses envies, ses frustrations, ses futurs,... Un dialogue parfois en forme de monologue tant notre interlocuteur a des choses à exprimer. Avec sincérité. Un gars de Noir Désir, quoi...
En écoutant ce nouvel album live, une certaine émotion ne peut que vous étreindre. Quels ont été tes sentiments en réécoutant toutes les bandes?
«Cela a été un long travail. Nous étions en train de mixer quand est survenu Vilnius. Dix titres étaient déjà prêts, mais le dimanche, quand nous avons appris ce qu'il s'était passé, nous sommes partis directement, laissant tout en plan dans le studio. On n'a rien dit à l'ingénieur, simplement qu'il y avait quelque chose de grave et qu'on s'en allait. On ne savait pas si on allait revenir deux jours après. Ce qu'on ne pouvait pas savoir, c'est qu'on partait pour dix-huit mois de n'importe quoi. Vu la gravité des choses et la façon dont elles s'enchaînaient de manière incompréhensible, tout ce qui était musique était passé au deuxième ou troisième plan. On a fait récupérer nos bandes au studio, mais on ne savait vraiment pas ce que ça deviendrait. On s'est fait concasser par toute la presse-poubelle. Tous ces gens à qui on disait non depuis vingt-cinq ans, on n'avait plus le choix, ils entraient avec leurs gros sabots. Cela a été dur pour tout le monde, pour les familles, pour les enfants, pour les amis. Tout le monde a été mis à super rude épreuve. Bertrand a été jugé de manière expéditive, mais ce sont les aléas d'un système judiciaire étranger. C'est la première fois que l'on voit un truc comme ça jugé en trois jours, sans aucun témoin, bref... Il prend huit ans, il l'accepte. On sait au bout d'un moment qu'il va rentrer en France purger sa peine. La folie se calme un petit peu. Quand il est rentré au pays, on est allé le voir tous les trois. C'était la première fois qu'on se revoyait à quatre après deux ans. On a discuté. On a mis les choses un peu à plat. On est arrivé au fait: qu'est-ce qu'on fait avec ce live? C'était la première fois qu'on entamait un projet qu'on ne menait pas à bien. On se sentait un peu bizarres avec ce truc-là. Dans tout ce merdier, dans toute cette boue qu'on a traversée, ce serait quand même pas mal d'essayer de retrouver un truc positif et de recentrer tout le propos sur ce qu'on sait faire de mieux: la zique. On a vu dans ses yeux et dans ce qu'il a dit que c'était un truc qui ferait du bien à Bertrand. Qu'on allait arrêter de parler de sa vie privée. Du coup, on a relancé le processus et on a recherché les bandes. Et là, catastrophe, enfin catastrophe relative, nos notes avaient disparu. On avait écouté soixante versions de chaque morceau pour en garder une. Cela avait été un processus long et pas long parce qu'on avait réalisé des écoutes séparément et on avait confronté nos idées et on était d'accord sur trois ou quatre versions. Il fallait en extraire une, ce n'était pas dramatique. Mais là, il fallait repartir de zéro: il restait les dix morceaux que l'on avait mixés avant Vilnius et puis on n'avait plus rien. On les a réécoutés, on ne les trouvait pas bien. On sortait d'une tournée très sonique et on avait un mixage vachement sage. Noir Dez, ce n'est pas ça. On a repris ces dix morceaux-là aussi. On est partis de la base, le son qu'on a nous sur scène. Quand t'écoutes le live, tu serais assis au milieu de la scène, ce serait ce que tu entends sur le live.»
Quels ont été les critères pour choisir les versions? Sur Ces gens-là, manifestement, le public découvre la chanson et l'interaction entre lui et vous est géniale.
«Ces Gens-là, on ne l'a joué que quatre fois. Et les quatre fois, c'était au Québec. On était devant un public francophone mais qui n'avait pas l'habitude de nous voir jouer des morceaux comme ça. Ton analyse est bonne, il y a eu un échange plus naturel que d'habitude. Les gens étaient à la fois surpris qu'on entame ce morceau et puis ils ont été plus attentifs. Ils sont intervenus plus délicatement. On a choisi la version un peu plus fragile.»
Noir Désir, En public + En Images (Universal).
«Pas de Noir Désir sans Bertrand»
BORDEAUX Bertrand Cantat a été condamné en mars 2004 à huit ans de prison qu'il purge actuellement en Haute-Garonne. Le groupe, bien sûr, s'interroge sur le futur de Noir Désir et n'a pas encore de réponse. En attendant, ses membres font davantage que s'occuper, même s'ils n'ont pas encore rejoué de la musique tous ensemble. «Serge (NdlR: Teyssot-Gay, le guitariste) est parti sur Interzone - le projet avec Khaled (un Syrien virtuose d'oud) - et a enregistré son disque à la maison. On n'est jamais très loin les uns des autres; Jean-Paul (Roy, le bassiste) est parti en tournée avec Yann Thiersen, explique Denis Barthe. On bosse aussi sur la musique du dernier film de Dupontel. Sergio viendra bien mettre un coup de guitare. On ne s'est jamais retrouvés à bosser tous les trois; ça nous paraîtrait un peu glauque d'être dans notre local de répet avec l'ambiance que l'on connaît. Et que Bertrand ne soit pas là. Ça nous foutrait un sérieux coup de blues. On ne ferme pas la porte à des collaborations spéciales, mais il n'y aura pas de Noir Désir avec un autre chanteur ou de Noir Désir avec des fonds de tiroir. Avec des inédits qu'on ne trouvait pas bons et que subitement on trouverait bons.»
Propos recueillis par Basile Vellut
© La Dernière Heure 2005
Culture > Musique
Noir Désir de retour En public (23/09/2005)
© DR
Les Français au-devant de la scène pour de bonnes raisons: tant mieux, on se régale
BORDEAUX On ne reviendra pas sur les sordides événements qui sont survenus un soir de juillet 2003 à l'hôtel Dominga Plaza de Vilnius. On n'appuiera pas non plus une polémique vaine et putride sur la pertinence qu'a Noir Désir de sortir un double album live dont il avait déjà entamé la préparation avant le drame survenu en Lituanie. On laissera simplement la parole à Denis Barthe, le batteur du groupe, qui, comme les autres membres du groupe français, sort d'un long silence pour exprimer ses envies, ses frustrations, ses futurs,... Un dialogue parfois en forme de monologue tant notre interlocuteur a des choses à exprimer. Avec sincérité. Un gars de Noir Désir, quoi...
En écoutant ce nouvel album live, une certaine émotion ne peut que vous étreindre. Quels ont été tes sentiments en réécoutant toutes les bandes?
«Cela a été un long travail. Nous étions en train de mixer quand est survenu Vilnius. Dix titres étaient déjà prêts, mais le dimanche, quand nous avons appris ce qu'il s'était passé, nous sommes partis directement, laissant tout en plan dans le studio. On n'a rien dit à l'ingénieur, simplement qu'il y avait quelque chose de grave et qu'on s'en allait. On ne savait pas si on allait revenir deux jours après. Ce qu'on ne pouvait pas savoir, c'est qu'on partait pour dix-huit mois de n'importe quoi. Vu la gravité des choses et la façon dont elles s'enchaînaient de manière incompréhensible, tout ce qui était musique était passé au deuxième ou troisième plan. On a fait récupérer nos bandes au studio, mais on ne savait vraiment pas ce que ça deviendrait. On s'est fait concasser par toute la presse-poubelle. Tous ces gens à qui on disait non depuis vingt-cinq ans, on n'avait plus le choix, ils entraient avec leurs gros sabots. Cela a été dur pour tout le monde, pour les familles, pour les enfants, pour les amis. Tout le monde a été mis à super rude épreuve. Bertrand a été jugé de manière expéditive, mais ce sont les aléas d'un système judiciaire étranger. C'est la première fois que l'on voit un truc comme ça jugé en trois jours, sans aucun témoin, bref... Il prend huit ans, il l'accepte. On sait au bout d'un moment qu'il va rentrer en France purger sa peine. La folie se calme un petit peu. Quand il est rentré au pays, on est allé le voir tous les trois. C'était la première fois qu'on se revoyait à quatre après deux ans. On a discuté. On a mis les choses un peu à plat. On est arrivé au fait: qu'est-ce qu'on fait avec ce live? C'était la première fois qu'on entamait un projet qu'on ne menait pas à bien. On se sentait un peu bizarres avec ce truc-là. Dans tout ce merdier, dans toute cette boue qu'on a traversée, ce serait quand même pas mal d'essayer de retrouver un truc positif et de recentrer tout le propos sur ce qu'on sait faire de mieux: la zique. On a vu dans ses yeux et dans ce qu'il a dit que c'était un truc qui ferait du bien à Bertrand. Qu'on allait arrêter de parler de sa vie privée. Du coup, on a relancé le processus et on a recherché les bandes. Et là, catastrophe, enfin catastrophe relative, nos notes avaient disparu. On avait écouté soixante versions de chaque morceau pour en garder une. Cela avait été un processus long et pas long parce qu'on avait réalisé des écoutes séparément et on avait confronté nos idées et on était d'accord sur trois ou quatre versions. Il fallait en extraire une, ce n'était pas dramatique. Mais là, il fallait repartir de zéro: il restait les dix morceaux que l'on avait mixés avant Vilnius et puis on n'avait plus rien. On les a réécoutés, on ne les trouvait pas bien. On sortait d'une tournée très sonique et on avait un mixage vachement sage. Noir Dez, ce n'est pas ça. On a repris ces dix morceaux-là aussi. On est partis de la base, le son qu'on a nous sur scène. Quand t'écoutes le live, tu serais assis au milieu de la scène, ce serait ce que tu entends sur le live.»
Quels ont été les critères pour choisir les versions? Sur Ces gens-là, manifestement, le public découvre la chanson et l'interaction entre lui et vous est géniale.
«Ces Gens-là, on ne l'a joué que quatre fois. Et les quatre fois, c'était au Québec. On était devant un public francophone mais qui n'avait pas l'habitude de nous voir jouer des morceaux comme ça. Ton analyse est bonne, il y a eu un échange plus naturel que d'habitude. Les gens étaient à la fois surpris qu'on entame ce morceau et puis ils ont été plus attentifs. Ils sont intervenus plus délicatement. On a choisi la version un peu plus fragile.»
Noir Désir, En public + En Images (Universal).
«Pas de Noir Désir sans Bertrand»
BORDEAUX Bertrand Cantat a été condamné en mars 2004 à huit ans de prison qu'il purge actuellement en Haute-Garonne. Le groupe, bien sûr, s'interroge sur le futur de Noir Désir et n'a pas encore de réponse. En attendant, ses membres font davantage que s'occuper, même s'ils n'ont pas encore rejoué de la musique tous ensemble. «Serge (NdlR: Teyssot-Gay, le guitariste) est parti sur Interzone - le projet avec Khaled (un Syrien virtuose d'oud) - et a enregistré son disque à la maison. On n'est jamais très loin les uns des autres; Jean-Paul (Roy, le bassiste) est parti en tournée avec Yann Thiersen, explique Denis Barthe. On bosse aussi sur la musique du dernier film de Dupontel. Sergio viendra bien mettre un coup de guitare. On ne s'est jamais retrouvés à bosser tous les trois; ça nous paraîtrait un peu glauque d'être dans notre local de répet avec l'ambiance que l'on connaît. Et que Bertrand ne soit pas là. Ça nous foutrait un sérieux coup de blues. On ne ferme pas la porte à des collaborations spéciales, mais il n'y aura pas de Noir Désir avec un autre chanteur ou de Noir Désir avec des fonds de tiroir. Avec des inédits qu'on ne trouvait pas bons et que subitement on trouverait bons.»
Propos recueillis par Basile Vellut
© La Dernière Heure 2005
Noir Désir, En public et en images / froggydelight.com
- Vu sur le www.froggydelight.com
Noir Désir, En public et en images (Barclay) septembre 2005
"Chacal, charogne, chaman sachem, magie noire ou blanche inscrite à la Sacem...".
Car il s'agit bien de cela : une magie tantôt noire, tantôt blanche, dispensée par un Bertrand Cantat au sommet de son art vocal, posé mais puissant, sûr de sa force mais sensible jusque dans ses murmures.
Noir Désir explore ainsi de nouvelles contrées, entre rythmes latinos et incantations chamaniques, clarinette slave et douces parties acoustiques, répondant à la douleur criée, la rage contenue qui ressort. Et même si envoyer la sauce électrique ne suffit plus, ça fait longtemps qu'on la connaît, les guitares de Sergio et de Bertrand restent acérées, pointues jusqu'au vertige, ravivées par la basse de Jean-Paul, puissante et sombre.
"Tostaky" devient un hymne sud américain tout droit sorti des favelas, où le coup fatal n'est jamais loin. Tout cela est nouveau, jamais entendu : "Si rien ne bouge" prend une allure messianique, comme si mes enceintes étaient devenues un cour géant battant au rythme implacable imposé par Denis, laissant d'un coup échapper son sang au moment où retentit l'entêtant refrain des "Ecorchés".
"A ton étoile", tout en retenue, apaise les esprits échaudés par un "Comme elle vient" où l'énergie sourd, le public à l'unisson répondant aux chours entre plainte et espoir.
Et pour conclure, Bertrand nous rappelle que "ce n'est pas lui qui clame", c'est la magie d'un groupe majeur, uni, où chacun emmène l'autre, les autres et le public dans une expérience sur le fil du rasoir, violente et douce, en fragile équilibre.
Testament, point final à l'aventure ou nouvelle pierre à l'édifice en contruction ? Il est trop tôt pour le savoir, mais en tout cas, ce double album sonne comme un cri de rage et d'espoir salutaire dans le paysage du rock français, un peu orphelin depuis 2 ans.
Tom
Noir Désir, En public et en images (Barclay) septembre 2005
"Chacal, charogne, chaman sachem, magie noire ou blanche inscrite à la Sacem...".
Car il s'agit bien de cela : une magie tantôt noire, tantôt blanche, dispensée par un Bertrand Cantat au sommet de son art vocal, posé mais puissant, sûr de sa force mais sensible jusque dans ses murmures.
Noir Désir explore ainsi de nouvelles contrées, entre rythmes latinos et incantations chamaniques, clarinette slave et douces parties acoustiques, répondant à la douleur criée, la rage contenue qui ressort. Et même si envoyer la sauce électrique ne suffit plus, ça fait longtemps qu'on la connaît, les guitares de Sergio et de Bertrand restent acérées, pointues jusqu'au vertige, ravivées par la basse de Jean-Paul, puissante et sombre.
"Tostaky" devient un hymne sud américain tout droit sorti des favelas, où le coup fatal n'est jamais loin. Tout cela est nouveau, jamais entendu : "Si rien ne bouge" prend une allure messianique, comme si mes enceintes étaient devenues un cour géant battant au rythme implacable imposé par Denis, laissant d'un coup échapper son sang au moment où retentit l'entêtant refrain des "Ecorchés".
"A ton étoile", tout en retenue, apaise les esprits échaudés par un "Comme elle vient" où l'énergie sourd, le public à l'unisson répondant aux chours entre plainte et espoir.
Et pour conclure, Bertrand nous rappelle que "ce n'est pas lui qui clame", c'est la magie d'un groupe majeur, uni, où chacun emmène l'autre, les autres et le public dans une expérience sur le fil du rasoir, violente et douce, en fragile équilibre.
Testament, point final à l'aventure ou nouvelle pierre à l'édifice en contruction ? Il est trop tôt pour le savoir, mais en tout cas, ce double album sonne comme un cri de rage et d'espoir salutaire dans le paysage du rock français, un peu orphelin depuis 2 ans.
Tom
Vu sur le site lexpress.fr : Le retour de Noir Désir, Caroline Laires-Tavares / Live 2005
- Vu sur le www.lexpress.fr ( mardi 20 septembre 2005, mis à jour à 14:14)
Rock français
Le retour de Noir Désir, Caroline Laires-Tavares
Deux ans après le drame de Vilnius, Noir Désir sort, le 19 septembre, un double CD, En public, et un double DVD, En images
Deux ans après le drame de Vilnius, Noir désir sort, le 19 septembre, un double album, En public, et un double DVD, En images, enregistrés durant la tournée de leur album Des Visages Des Figures, leur dernier opus sorti en 2002.
Bertrand Cantat impliqué
Dans le quotidien suisse La Tribune de Genève, Serge Teyssot-Gay, guitariste, Denis Barthe, batteur, et Jean-Paul Roy, bassiste, expliquent que ce disque "était le meilleur moyen de montrer ce qu'est Noir Désir, ce qu'est Bertrand Cantat. Nous avons essayé d'impliquer Bertrand dans la mesure du possible. On lui a fait écouter le premier mixage, et il a pu amener ses critiques. Bien sûr, tout cela s'est fait avec les conditions qui sont celles d'une incarcération. Mais cela nous a permis de retrouver une vraie cohérence de groupe, alors qu'il aurait pu dire «je m'en fous»".
"On pense enfin pouvoir se tourner à nouveau vers la musique. Il nous paraît concevable de repartir ensemble, de même qu'il est inconcevable de faire comme si rien ne s'était passé. De notre côté, ce sera oui de façon quasiment sûre", ont-ils par ailleurs affirmé au journal Libération.
Bertrand Cantat, le chanteur du groupe, condamné à huit ans de prison ferme pour le meurtre de sa conjointe, l'actrice Marie Trintignant, est incarcéré, depuis deux ans, à la centrale de Muret, en Haute-Garonne.
Rock français
Le retour de Noir Désir, Caroline Laires-Tavares
Deux ans après le drame de Vilnius, Noir Désir sort, le 19 septembre, un double CD, En public, et un double DVD, En images
Deux ans après le drame de Vilnius, Noir désir sort, le 19 septembre, un double album, En public, et un double DVD, En images, enregistrés durant la tournée de leur album Des Visages Des Figures, leur dernier opus sorti en 2002.
Bertrand Cantat impliqué
Dans le quotidien suisse La Tribune de Genève, Serge Teyssot-Gay, guitariste, Denis Barthe, batteur, et Jean-Paul Roy, bassiste, expliquent que ce disque "était le meilleur moyen de montrer ce qu'est Noir Désir, ce qu'est Bertrand Cantat. Nous avons essayé d'impliquer Bertrand dans la mesure du possible. On lui a fait écouter le premier mixage, et il a pu amener ses critiques. Bien sûr, tout cela s'est fait avec les conditions qui sont celles d'une incarcération. Mais cela nous a permis de retrouver une vraie cohérence de groupe, alors qu'il aurait pu dire «je m'en fous»".
"On pense enfin pouvoir se tourner à nouveau vers la musique. Il nous paraît concevable de repartir ensemble, de même qu'il est inconcevable de faire comme si rien ne s'était passé. De notre côté, ce sera oui de façon quasiment sûre", ont-ils par ailleurs affirmé au journal Libération.
Bertrand Cantat, le chanteur du groupe, condamné à huit ans de prison ferme pour le meurtre de sa conjointe, l'actrice Marie Trintignant, est incarcéré, depuis deux ans, à la centrale de Muret, en Haute-Garonne.
samedi 24 novembre 2012
Presse : Le progrès - Septembre 2005
Vu sur le www.progres.fr ( 23 septembre 2005) : Noir Désir : retour vers le passé
S. Guiochon
Alors que Bertrand Cantat purge sa peine à Muret (Haute-Garonne), le groupe publie un album enregistré en concert lors de la dernière tournée de Noir Dez Enregistré dans des grandes salles, avec plus de 5000 personnes à chaque fois, le disque de Noir Désir reflète une intimité musicale étonnante
L'affaire « Cantat-Trintignant » a laissé Noir Désir en suspens. Au delà des aspects dramatique et judiciaire, ce triste fait divers a coupé l'herbe sous le pied d'un collectif, dont les trois quarts des membres étaient tout à fait étrangers au drame de Vilnius. Fin juillet 2003, pendant le fameux tournage de « Colette», le guitariste, le bassiste et le batteur de Noir Désir, étaient à Bordeaux, en train de peaufiner un disque « live » issu de leur récente tournée 2002-2003.
Dès l'annonce du drame, les trois musiciens ont mis de côté leur projet musical, pour venir assister leur ami. Sans jamais s'impliquer dans aucune polémique, sans absoudre Bertrand Cantat, ils ont fait le chemin de Vilnius, d'abord « pour essayer de comprendre», ensuite pour être simplement présents. Avec la famille Cantat, ils ont suivi l'instruction, puis le jugement du chanteur, jusqu'à son rapatriement en France. Alors que l'affaire est judiciairement terminée (aucun appel n'a été interjeté), le groupe et sa maison de disques (Barclay, groupe Universal) ont choisi de redonner vie au projet d'album live, qui était décidé dès le début de la tournée 2002.
Pour un tel projet, il faut faire des choix. Ecouter les bandes enregistrées au fil des soirs, sélectionner telle chanson, telle version. Avec leur ingénieur du son, les trois musiciens ont dégrossi le travail. Puis obtenu du ministère de la justice deux après-midi de travail à la prison de Muret. « C'était très émouvant, d'être réunis tous les quatre et d'écouter les bandes de Noir Désir », a expliqué le batteur Denis Barthe au mensuel « Rock & Folk ».
Alors que leur premier live, « Dies Irae», avait été enregistré en un seul soir au Transbordeur de Lyon-Villeurbanne, ce disque est une compilation de différents concerts. Mais dans les deux cas, aucun instrument n'a été ajouté ou rejoué. « On a même laissé des erreurs, parce que ça fait partie d'un concert de rock », expliquent les membres du groupe.
Enregistré dans des grandes salles, avec plus de 5000 personnes à chaque fois, le disque de Noir Désir reflète une intimité musicale étonnante. Plutôt que de capter le son de la salle, le groupe a privilégié le son des retours. On écoute donc sur le disque ce que les musiciens de Noir Désir entendent sur scène. La voix de Bertrand Cantat est notamment très en avant. Tout le disque rappelle combien Noir Désir était un grand groupe de scène, et que l'affaire Vilnius est également un gâchis artistique.
Thierry Meissirel
> NOTE
Noir Désir en public (double cd) et Noir Désir en images (double dvd). Barclay/Universal
L'affaire « Cantat-Trintignant » a laissé Noir Désir en suspens. Au delà des aspects dramatique et judiciaire, ce triste fait divers a coupé l'herbe sous le pied d'un collectif, dont les trois quarts des membres étaient tout à fait étrangers au drame de Vilnius. Fin juillet 2003, pendant le fameux tournage de « Colette», le guitariste, le bassiste et le batteur de Noir Désir, étaient à Bordeaux, en train de peaufiner un disque « live » issu de leur récente tournée 2002-2003.
Dès l'annonce du drame, les trois musiciens ont mis de côté leur projet musical, pour venir assister leur ami. Sans jamais s'impliquer dans aucune polémique, sans absoudre Bertrand Cantat, ils ont fait le chemin de Vilnius, d'abord « pour essayer de comprendre», ensuite pour être simplement présents. Avec la famille Cantat, ils ont suivi l'instruction, puis le jugement du chanteur, jusqu'à son rapatriement en France. Alors que l'affaire est judiciairement terminée (aucun appel n'a été interjeté), le groupe et sa maison de disques (Barclay, groupe Universal) ont choisi de redonner vie au projet d'album live, qui était décidé dès le début de la tournée 2002.
Pour un tel projet, il faut faire des choix. Ecouter les bandes enregistrées au fil des soirs, sélectionner telle chanson, telle version. Avec leur ingénieur du son, les trois musiciens ont dégrossi le travail. Puis obtenu du ministère de la justice deux après-midi de travail à la prison de Muret. « C'était très émouvant, d'être réunis tous les quatre et d'écouter les bandes de Noir Désir », a expliqué le batteur Denis Barthe au mensuel « Rock & Folk ».
Alors que leur premier live, « Dies Irae», avait été enregistré en un seul soir au Transbordeur de Lyon-Villeurbanne, ce disque est une compilation de différents concerts. Mais dans les deux cas, aucun instrument n'a été ajouté ou rejoué. « On a même laissé des erreurs, parce que ça fait partie d'un concert de rock », expliquent les membres du groupe.
Enregistré dans des grandes salles, avec plus de 5000 personnes à chaque fois, le disque de Noir Désir reflète une intimité musicale étonnante. Plutôt que de capter le son de la salle, le groupe a privilégié le son des retours. On écoute donc sur le disque ce que les musiciens de Noir Désir entendent sur scène. La voix de Bertrand Cantat est notamment très en avant. Tout le disque rappelle combien Noir Désir était un grand groupe de scène, et que l'affaire Vilnius est également un gâchis artistique.
Thierry Meissirel
> NOTE
Noir Désir en public (double cd) et Noir Désir en images (double dvd). Barclay/Universal
Un groupe unique en France
« Noir désir » représente un cas à part dans l'histoire du rock français. Depuis les années cinquante, les frenchies se sont essayés au rock, avec des bonheurs divers, sans jamais atteindre l'équilibre parfait des Bordelais. La première génération s'était contentée de copier les pionniers. Les années soixante et soixante-dix ont connu de belles réussites (Variations, Trust, Téléphone). Mais personne n'a résolu l'équation « intégrité artistique plus réussite commerciale » avec autant d'efficacité que l'équipe de Bertrand Cantat.Dans le milieu assez fermé du rock et du show-biz, l'affaire Cantat a surpris des gens qui n'ont pas l'habitude de s'étonner des excès. Arrogance, produits illicites et autres inconséquences sont plus ou moins admises. « On peut tout faire tant qu'on vend des disques », résumait Marianne Faithfull dans son autobiographie.
Mais Noir Désir, c'était tout le contraire de cela. Ils ont vendu des disques (« 666.667 Club » en 1996 et « Des visages, des figures » en 2001 ont atteint le million d'exemplaires), mais cette réussite commerciale leur a permis de défendre farouchement leur indépendance artistique. Ainsi Bertrand Cantat et son quatuor ont toujours refusé la « promo » telle qu'on la conçoit dans les maisons de disques. « Pas question d'aller chez Foucault, ou sur les plateaux des 20h30 », ont expliqué les musiciens à la maison Barclay.
L'indépendance et l'intégrité de Noir Désir a parfois donné des Bordelais une image de jansénistes austères. Mais c'est sur scène que le groupe offrait son vrai visage. Les seuls excès connus de Bertrand Cantat, avant « l'affaire », était la frénésie et le jusqu'au-boutisme de ses prestations.
T.M.
Presse : Noir Désir, En Public... - L'huma
Un article de presse paru sur www.humanite.fr et dans l' édition du 23 septembre 2005
culture
Noir Désir, En public... Rock. Deux ans après la tragédie de Vilnius, le groupe Noir Désir sort enfin du silence en musique et en images, comme il se doit.« Décembre 2002 : la tournée Des visages des figures se termine par un concert filmé à l'Agora d'Évry. Les projets à suivre sont la sortie d'un DVD et d'un album en public. Été 2003. Nous sommes en plein mixage au studio du Manoir quand le drame de Vilnius nous stoppe net. Deux années se sont écoulées depuis, deux années de silence volontaire. Au-delà de cette incompréhensible tragédie, il existe une histoire qui depuis vingt-cinq ans s'est écrite de manière juste et belle. Une histoire de groupe portée par la musique et nourrie de rencontres humaines, artistiques et citoyennes. »
Ces mots sont signés Noir désir. Ils figurent sur la page d'accueil de leur site ( www.noirdez.com ) et sur la feuille à l'intention des journalistes qui accompagne l'enregistrement en public de leur dernière tournée ainsi qu'un DVD qui retrace un peu du parcours d'un des plus grands groupes de rock français. La mort de Marie Trintignant, nul ne peut l'occulter ; nul ne veut l'occulter. Surtout pas Noir Désir qui a assumé le drame avec une retenue rare et affronté avec dignité l'avalanche de rumeurs déversées à leur encontre depuis cette tragédie. Deux ans de silence volontaire, deux ans de deuil impossible face à une mort injuste. Une immense douleur, un profond désarroi. Bertrand Cantat a été condamné à huit ans de réclusion après un procès très médiatisé. Pour certains médias, ce fut l'occasion de régler ses comptes à un groupe qui, en vingt-cinq ans d'existence, n'avait jamais fait de concessions ou de compromis. Vingt-cinq années, six albums en studio, un en public, quelques rares images de vidéo-clips et une présence de tous les instants sur la scène, un engagement total dans leur musique qui marque un tournant décisif dans l'histoire du rock français. Noir Désir s'applique à lui-même ce qu'il revendique dans ses chansons. Tout se décide après discussions dans le groupe : des arrangements musicaux pour peaufiner le son sans jamais tricher pour mieux l'enjoliver jusqu'aux engagements citoyens, à la participation à des concerts de soutien. Téléphone fut le symbole d'une génération frustrée d'être née après 1968 qui se cherchait des idéaux ; Noir Désir déboule avec un rock furibard et désordonné qui revendique et assume des engagements concrets, prenant part à des luttes de son temps. Avec le GISTI (Groupe d'information et de soutien aux immigrés), il participe au concert « Liberté de circulation » ; avec le Tactikollectif (auquel participe Zebda), ils soutiennent et sont des festivals Ça bouge au Nord et Ça bouge encore ; ils jouent lors de soirées organisées par Act Up ; n'hésitent pas à se rendre plusieurs fois à Vitrolles - alors entre les mains du couple Mégret - et à jouer pour le Sous-Marin, la salle de rock vitrollaise murée par le maire frontiste lors d'un concert intitulé « Délit de sale musique » ; le 30 juin 2000, ils sont à Millau aux côtés du leader de la Confédération paysanne menacé ce jour-là de prison en raison de ses engagements ; le 27 novembre 1997, concert de soutien aux Indiens du Chiapas ; le 9 mars 2002, recevant une victoire de la musique, Cantat lit une lettre ouverte à Jean-Marie Messier, patron de Vivendi-Universal. « Nous ne sommes pas du même monde. »
Parallèlement, leurs albums acquièrent une tonalité, un son unique, une profondeur rarement égalée. L'album En public qui sort maintenant témoigne de la maturité du groupe. Les envolées lyriques de la guitare de Teyssot-Gay sont mieux que jamais maîtrisées. La présence de la batterie de Denis Barthes sait alterner force imposante et discrétion jazzy. Christophe Perruchi, aux claviers et samples, apporte une touche musicale qui épaule juste ce qu'il faut la basse de Jean-Paul Roy. Enfin, il y a la voix, le charisme de Cantat qui tantôt épouse la mélodie, tantôt la déchire pour nous parvenir dans un torrent d'émotions contenues hurlant des mots qui disent l'amour, la colère, la douleur, le désir de vivre, malgré tout. On y retrouve des chansons du précédent album, Des visages, des figures sorti le 11 septembre 2001, l'album de la consécration, mais aussi des titres issus d'autres albums qui ont façonné leur carrière si l'on peut dire, tant ce mot résonne comme un contresens au regard de ce qu'ils sont. La tournée 2002 est peut-être la meilleure tournée du groupe. Celle où l'on devine que le choix de chacun des morceaux n'est pas dû au hasard, où alternent cette énergie propre au rock et un son accoustique. Comme si, enfin, le groupe prenait le temps, le temps de se faire plaisir, de nous faire plaisir et nous donnait à redécouvrir ses chansons sous un angle nouveau. « Je n'ai pas peur de la route, faut la voir, faut qu'on y goûte, des méandres au creux des reins et tout ira bien, le vent l'emportera. » Qui nous chantera la suite ?
Noir Désir en public, 2 CD (Barclay-Universal) ; Noir Désir en images, 2 DVD (Barclay-Universal).
Marie-José Sirach
Marie-José Sirach
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